Assassin’s Creed III : un gâchis historique

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J’ai fini Assassin’s Creed III il y a environ deux semaines. Tout de suite après, j’ai eu envie d’écrire un torrent d’insultes. Mais j’ai fini par me calmer en buvant des tisanes et en bloquant Walou sur Twitter (ça fait un bien fou, je vous assure). Aujourd’hui, à tête reposée, je peux enfin me permettre de lâcher deux ou trois mots au sujet du jeu d’Ubi. Je vous préviens, je vais spoiler comme un goret. Si vous ne l’avez pas encore fini, je vous invite donc à faire autre chose, comme caresser votre chat sous les oreilles ou préparer une salade d’endives.

Globalement, Assassin’s Creed 3 m’a donc déçu. Ou plutôt, il m’a consterné. Je n’arrive pas à concevoir qu’un titre doté d’un budget pareil puisse se pointer avec une narration aussi bâclée. C’est bien beau de nous concocter un titre hyper riche où l’on peut se balader dans la forêt, gérer une micro-société, faire des batailles navales et ramasser des plumes dans les arbres. Mais s’il n’y a aucune carotte scénaristique valable, à quoi bon ? Le problème n’est pas comparable à celui d’autres jeux qui ont récemment péché du point de vue de l’écriture, comme un Darksiders 2 dont le script devait à peine tenir sur une écaille morte de pangolin. Non, dans Assassin’s Creed 3, il y a réellement un travail d’écriture. Mais le résultat est simplement affligeant. La nullité est telle qu’on finit le jeu abasourdi devant tant d’incohérences et de ratés scénaristiques.

Le plus triste dans tout ça, c’est que le début est franchement prometteur. Tout le prologue dans la peau d’Haytham, je le trouve même carrément réussi, dans la mesure où le jeu arrive à prendre son temps et à poser ses personnages. Certes, c’est chiant comme la mort à jouer puisque cette longue intro n’est en fait rien d’autre qu’un tutoriel étalé sur trois heures. Mais du strict point de vue narratif, c’est passionnant, à l’image de la traversée de l’Atlantique ou des premiers pas dans le Nouveau Monde. Nous amener à découvrir une galerie de personnages amicaux et nous révéler plus tard qu’il s’agit en fait de nos ennemis jurés… C’est une bonne idée. Le twist fonctionne bien et prouve que les gars qui écrivent la série sont capables d’avoir des fulgurances épatantes de temps en temps. Le problème, c’est qu’ils déconnent grave dès qu’il s’agit de développer et de broder autour de ces idées. Typiquement, en dehors de Haytham et de Charles Lee, tous les autres personnages introduits dans le prologue sont des brouillons, des esquisses insuffisamment présentées. On finit par les oublier et ne pas parvenir à les reconnaître quand on les retrouve plus tard dans le jeu.

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Avec l’entrée en scène de Connor, le jeu bascule dans l’horreur. Déjà parce que le héros est une putain de grosse huître. Entre Haytham et lui, c’est le jour et la nuit. On commence le jeu avec un mec charismatique, avec juste ce qu’il faut de mesquinerie pour être une ordure cool. Et voilà qu’on se retrouve avec un grand dadet à l’idéalisme crétin chevillé au corps. Il veut venger sa mère, protéger ses proches et tuer ceux qui ont foutu le feu à son village quand il était gosse, et tout ça, sans jamais se départir de son regard ovin. Génial ! A travers cette quête personnelle, c’est soi-disant l’ensemble de la Révolution Américaine qui se joue progressivement.

Sauf que ça ne fonctionne pas. Les évènements s’enchaînent et nous laissent sur le bord de la route, la faute à des dialogues d’un ennui mortel et à des cutscenes très mal gérées. La plupart des PNJ sont interchangeables, avec une absence terrible de caractérisation. On ne sait pas à qui on parle, on ne sait pas qui on doit tuer. Le dernier tiers du jeu est d’ailleurs un vrai calvaire pour quiconque essaie de suivre le récit avec un minimum d’intérêt. Tout se mélange salement. Templiers et Assassins, amis et ennemis, colons et britanniques… Dans ce gros bordel, Connor erre comme un idiot, avec ses convictions de bas étage et son charisme négatif. Sans déconner, je suis persuadé qu’Ubisoft aurait du prendre Bison Futé comme héros. Il s’en serait foutrement mieux tiré que l’autre moulasse. M’enfin…

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Le truc qui me chagrine le plus, c’est de voir comment le scénar’ se vautre sur l’aspect qui aurait pu être le plus intéressant du jeu : la relation père-fils. Et plus précisément, la relation entre un père Templier qui se retrouve du jour au lendemain avec un Assassin pour Fils. Mais ça aussi, c’est flingué. On passe quasiment d’une séquence où Connor et Haytham sont de parfaits inconnus l’un pour l’autre, à une autre scène où ils discutent comme s’ils se connaissaient depuis toujours. En terme de mise en scène, c’est une vraie catastrophe, un peu comme si un monteur fou avait décidé de couper les passages déterminants du jeu pour le rendre le plus abscons possible. Devant mon écran, j’avais tout le temps l’impression d’avoir raté un épisode.

Mais le plus grotesque est à venir puisque la scène qui doit être la plus importante, celle où le fils finit par tuer le père, est franchement décevante du point de vue émotionnel. C’est plat, c’est vide. Bon, ce n’est pas aussi lamentable que LA scène mythique où Connor bute son ami d’enfance mais ça reste un gros ratage quand même. Alors que, paradoxalement, la scène où l’on finit par assassiner Charles Lee est pour le coup une réussite. Là, il y a de la tension, de la mise en scène, de la durée. Cette scène-là aurait été bien plus convaincante pour illustrer la mort du père plutôt que ce vieux combat à coups de cagettes en bois qui signe la fin d’Haytham.

Bon voilà, je crois que j’ai lâché tout ce que j’avais sur le cœur. Désolé de vous avoir infligé ça mais il fallait que ça sorte. Je devais faire mon deuil de ce qui aurait pu être une œuvre inoubliable, point d’orgue d’une série mythique. Avec son écriture foireuse, son Connor en mode fruit de mer et son finish WTF avec Desmond (que je préfère ne pas évoquer du tout), ce jeu ne sera jamais rien de plus qu’Assassin’s Creed III, épisode mineur d’une saga surestimée. Un immense gâchis.

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Comme Jules Ferry ou Laurent Mariotte avant lui, le Deez est né dans les Vosges. Il a ensuite migré vers Paris pour y fabriquer son nid, à base de vieux magazines de jeux vidéo et de miettes de chips. « Pervers mais sympa » selon ses proches, le Deez aime avant tout le sport (à la télé), la tartiflette et le cinéma de Tarantino.

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16 commentaires

  1. Le finish WTF avec Desmond, c’est peu la cerise, en fait.

  2. Entièrement d’accord avec cet avis. J’ai eu la même impression, à plusieurs reprises, d’avoir loupé un chapitre, me demandant si mon jeu ne buggait pas. Et malheureusement non. Le jeu est immensément décevant au niveau scénaristique, sans parler de la fin de Desmond juste ridicule et incohérente. Vraiment un beau gâchis, le 2ème épisode était vraiment le meilleur de la série (pour n’avoir pas encore fait Revelation, même si quand un jeu comporte Revelation dans son titre, généralement il ne révèle rien).

  3. Knightkiddo 14/01/2013 Répondre

    Pareil Deez, je suis à 100% d’accord avec toi ! J’ai revendu le jeu aussitôt l’avoir fini car c’était du gros n’importe quoi. Tu t’es arrêté sur le scénario, mais techniquement, c’est le premier AC où j’ai eu des tonnes de bugs graphiques, des plantages m’énervant au plus au point et zappant tout ce qui pouvait être intéressant. Très bonne critique !

  4. Et bah j’ai envie de dire chapeau ! Enfin quelque chose d’intéressant à lire et dans le même temps je ne peux pas m’empêcher de faire une critique sur ce qu’est devenu la presse vidéo-ludique que je lis maintenant depuis plus de 15 ans.

    Aujourd’hui c’est la course à qui publiera en premier le test du dernier blockbuster et franchement je me demande comment en si peu de temps c’est possible de vraiment juger tous les aspects d’un jeu et d’avoir le recul nécessaire pour en parler. Pire, j’ai l’impression que finalement on regarde sur la copie du voisin pour éviter de se mettre en danger en écrivant quelque chose de trop déviant par rapport aux autres. Au final de tous les « tests » sur ACIII que j’ai lu, c’est le tien qui est le meilleur. Et il y a un truc de bien que tu as écrit, c’est de parler du budget du jeu. Quand j’avais écrit sur le forum de Joystick que dans les tests, il fallait également prendre en compte le budget d’un jeu, tout le monde a poussé des cris d’orfraie. Tu en fais l’allusion dans cette phrase « Je n’arrive pas à concevoir qu’un titre doté d’un budget pareil puisse se pointer avec une narration aussi bâclée ». Et bien je pense, que quand deux jeux qui ont le même niveau de fun (c’est subjectif, mais comme tous les tests), et que l’un est AAA et l’autre indépendant, le AAA doit avoir une note inférieure à l’indépendant, parce qu’une note par définition, elle récompense le mérite.
    Un avis aussi partagé dans le dernier CPC Hardware (certes, le cas est un différent) p.92 dans les pages du Doc’ sur la presse hardware.

    Personnellement j’aurai enlevé dans ton article le III à AC car en fait c’est tous les AC qui ont un scénario bancal. J’aime beaucoup jouer aux AC pour la reconstitution des villes, même si j’aimerai plus de réalité historique. D’ailleurs au passage, on a jamais tant parlé de culture dans les jeux vidéo, alors qu’il y en a jamais eu si peu qu’aujourd’hui, à quelques exceptions près … Mais à chaque fois les scenarii, c’étaient pas des cadeaux ! D’ailleurs j’ai jamais compris pourquoi ils ont voulu s’embourber avec cette histoire de mémoire génétique ADN, ce complot ancestral entre assassins et templiers qui est un méli-mélo sans nom. Enfin je vais pas réécrire mon avis que j’avais publié sur JVN et qui a été étrangement supprimé depuis. Et je parle pas des fins qu’ils n’ont jamais su écrire avec les effets « mystère, à suivre » superfétatoires. Ça donne vraiment l’impression que les scénaristes ne savent pas où ils vont. Alors quand je vois des livres, des bd, et bientôt des films, je me demande par quel miracle d’écriture ils ont réussi à les pondre …

  5. Je n’ai pas accroché au premier suite à une allergie chronique au gameplay console, mais aussi à cause d’un scénario qui oscillais du farfelu au grotesque avec un coté mauvaise SF de téléfilm et d’une trame pseudo historique saupoudré de combat « les méchants » contre « les gentils ». J’ai donc zappé les suivants sans regrets.

    Il faut pas pour autant oublier que c’est un jeu d’action et la tendance générale de ce type de jeu est de dériver vers le film interactif plus que vers le jeu vidéo.
    Pas facile de trouver l’équilibre quand on a le cul entre deux chaises, faire un jeu qui tiens la route ou un scénario béton… quand on n’arrive pas à faire un choix et qu’on as pas le talent pour faire les deux et bien le jeu ce vautre.

    Mais bon peut être que le 3.5 réparera les incohérences de scénario et vous offrira une fin alternative… ça c’est déjà vu non ? ;-)

  6. Bravo d’avoir su mettre en mots et phrases ce malaise que j’ai ressenti tout au long du jeu

  7. Dommage que personne n’en est parler a la sortie du jeu.
    Tout les magazines et sites lui ont donné une bonne note. La seul critique recurrente c’etait que le jeu avait beaucoup de bugs.

    Mais bon, les cenarios des episodes Assassins Creed n’ont jamais eté tres bons (j’ai pas encore jouer a Revelations)!

  8. Hecatesias 17/01/2013 Répondre

    Je suis plutôt bon public mais ce jeu m’a frustrée au point de regretter de l’avoir acheter plein pot

  9. Guikingone 20/01/2013 Répondre

    A la base et avant de finir AC III, je me disais que tout le monde n’aimait pas les fins de parcours mais après avoir fini AC III, je me suis ravisé et je peu le dire enfin : Il faut qu’Ubisoft revienne sur terre, les fins en WTF complet, ça ne leur réussi pas.

  10. Maxwell47 31/01/2013 Répondre

    Je l’ai terminé il y a quelques jours et je suis entièrement d’accord avec votre article ! Je suis pourtant un grand admirateur de la série et certains éléments du scénario sont vraiment mal amenés, sans parlé de la durée de vie qui contrairement au 2 est juste ridicule.

    Et oui, la fin cliffhanger d’AC3 est celle de trop !

  11. ElessarGreyStone 08/03/2013 Répondre

    Entièrement d’accord avec Zonka! Depuis que Joystick est mort ( paix à son âme ) je n’ai pas réussi a retrouver dans la presse , qu’elle soit écrite ou en ligne, un semblant d’exigence artistique. J’ai notamment essayé de me consoler en achetant quelques journaux nouveau-né (cf: videogamer). Sincèrement , j’y ai lu le pire test composé de mémoire d’hommes: le journalistes ne faisait que débiter la trame scénaristique (sans même avertir pour les spoiler) en répétant gentiment ce que lui disait l’éditeur dans l’oreillete. Simplement consternant.

  12. Enfin fini le jeu, enfin je peux lire cette critique en entier. Déjà que je trouvais Revelations décevant et peu passionnant, cet Assassin’s Creed III est encore pire. Seul reste l’habituel plaisir de parcourir un bel environnement à la recherche d’objets ou pour remplir quelques quêtes annexes.
    Mais pour ce qui doit faire le sel de la série, le scénario, même Fifty Shades of Grey parait mieux écrit !

  13. Très bonne analyse.
    J’ai eu la même réaction de WTF à la fin du jeu qui bascule dans un nanar digne des vieux films de séries B.

    Les + : – Un gameplay au combat jouissif et très bien animés.
    – De beaux graphismes dans l’ensemble.
    – Une cape remarquablement bien animé (j’imagine que tout le budget est passés dedans).
    – Un twist vraiment réussi après la première séquence du jeu.
    – Les phases avec Desmond vraiment agréables.

    Les – : – Des bugs, certes, mais c’est pardonnable.
    – Un scénario complètement incohérent, ce qui est impardonnable.
    – Des phases de jeu chiantissime, des objectifs parfois impossibles.
    – Une ville moche… loin du charme de l’Italie ou de Constantinople.
    – Connor est le personnage le moins charismatique du jeu… mais en est le protagoniste… nique la logique.
    – Une absence total de ce qui fait le charme de la série : pas de guilde à gérer ni de ville à rénover.
    – Des cinématiques qui oublient complètements les changements apportés à la tenue de Connor ce qui est très gênant visuellement. Jouer avec la tenue noir puis se retrouver dans une cinématique avec la vieille tenue beige.. WTF ?
    – La moitié des armes et des tenues du jeu s’acquirent par des éditions collector ou en achetant le DLC…
    – Le gameplay concernant le déplacement de Connor tellement automatisé qu’il en devient lassant. Il n’y a plus d’impression de défis à escalader tel ou tel bâtiment.
    – L’IA des adversaires, critiqués sur les opus précédents, a été surcheater sur celui-ci ou les gardes nous repères à travers les murs…

    Pour conclure,
    Une suite indigne de l’épopée génialissime d’Ezio Auditore qu’Ubisoft à sans doute un peu trop réussie et qui plaçait l’opus suivant à un degré de qualité qu’ils étaient incapable d’atteindre.
    Degré qu’ils ont pourtant réussi à atteindre avec AC4… avant de louper AC5. En suivant cette logique, AC6 devrait être une réussite.

    Pour ma part AC Revelations reste le meilleur de la série tandis que le plus inventif reste AC2 qui a posé toutes les bases.
    Le premier AC reste un bon jeu tandis que Brotherhood a une difficulté un peu trop élevé comparés aux autres ce qui est parfois gênant quand on est pas habitué.
    AC3 est le plus gros râté de la série, suivit de près par AC5.

  14. blablabla 13/07/2015 Répondre

    Très bon avis qui met en lumière ce que j’ai également ressentit en terminant le jeu aujourd’hui

    Ça crève un peu le cœur parce que les bases étaient bonnes, je pense qu’on peut ici parler de « gâchis absolu » à mon avis

    Pourtant je me suis efforcé de l’aimer ce jeu, tout au long de l’aventure
    J’aurais aimé pouvoir le défendre, pouvoir dire que les phases en bateau étaient géniales (elles l’étaient, mais trop courtes, problème qui sera résolu avec Black Flag que je n’ai pas encore fait et qui semble très bon)
    Pouvoir dire que le scénario était bien écrit et tout mais non

    Il y a presque rien à sauver de cet opus, malheureusement, et j’aurai pourtant adoré pouvoir dire l’inverse…

  15. Popskull973 19/11/2015 Répondre

    Scenario catastrophique… j’ai toujours pas compris à quel moment connor a appris qu’haytam est son père.

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  1. […] ont testé Assassin’s Creed et te propose une critique […]

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