Creature Shock : où mon passé me crucifie

Creature sHock
« Il ne faut jamais revenir au temps caché des souvenirs du temps béni de son enfance. »
Barbara m’avait prévenu, j’aurais dû l’écouter.

Inutile de le cacher, ma culture du jeu PC est assez limitée. J’ai découvert Diablo l’année dernière, je n’ai jamais touché à un jeu LucasArts et je ne suis toujours pas certain de savoir ce que MOBA signifie. Cela dit, j’ai tout de même quelques références. A 11-12 ans, j’ai par exemple découvert le point-and-click avec le jeu X-Files et le STR avec KKnD, deux titres qui, j’en suis convaincu, valent largement tous les Monkey Island et Starcraft réunis. Et c’est aussi à cette époque que j’ai découvert Creature Shock, ce jeu que j’ai décidé de réinstaller il y a quelques jours pour satisfaire une curiosité masochiste autant que pour m’imposer un défi. « Serais-je capable d’apprécier un jeu qui m’a marqué il y a 15 ans ? » Telle était la question. « Oh bordel de chie c’est quoi cette merde ! » Telle est la réponse.

Avant tout, il convient de rappeler ce qu’est Creature Shock. C’est un titre hybride qui propose à la fois des séquences de shoot’em up dans l’espace, mais aussi des phases chelou en full motion video à la croisée du shoot sur rail et du jeu d’aventure punitif. Disons qu’on pourrait assimiler la chose à un Dragon’s Lair à la première personne baignant dans un univers SF. Le titre est sorti en 1994 après avoir été développé par Argonauts Games, une boîte qui avait déjà tâté du shoot spatial en filant un coup de main à Nintendo sur Star Wing. Côté scénar’, on se retrouve en 2100 et des poussières pour une mission de sauvetage près de Saturne. On incarne un héros rouquin qui veut retrouver la trace d’une collègue portée disparue sur un vaisseau alien en forme d’astéroïde organique.

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Dans mes souvenirs, Creature Shock était un jeu magnifique, le truc le plus beau que j’avais jamais vu. Quand le héros débarque sur l’astéroïde et qu’il s’avance pesamment au devant du danger, l’air sûr de lui… Un instant magique  ! Jusqu’à ces derniers jours, je repensais à cette scène en me disant qu’il avait vraiment trop la classe, ce mec dans sa combinaison spatiale. En tout cas bien plus que ce tocard de Master Chief ou cette endive d’Isaac Clarke. Il était le héros de mes 11 ans, ni plus ni moins. J’avais aussi en mémoire quelques éléments bien précis du jeu. Par exemple, le moment où l’on glisse dans un tunnel qui se scinde en deux chemins. L’un nous mène vers la suite du niveau, l’autre conduit à une mort certaine, droit dans la gueule d’un monstre. A l’époque, je trouvais ça fascinant. Et pas du tout injuste, quand bien même je devais me retaper tout le niveau, juste parce que j’avais perdu à ce pile ou face dégueulasse.

« Car parmi tous les souvenirs, ceux de l’enfance sont les pires, ceux de l’enfance nous déchirent. »

Armé de tous ces souvenirs chaleureux, j’ai donc réinstallé le jeu. Et même si je n’ai jamais été heurté de plein fouet par un Kangoo, je pense que le choc doit être semblable à celui que j’ai ressenti au lancement de Creature Shock. Déjà, la cinématique d’intro m’a chamboulé, avec son rendu visuel faisandé, sa mise en scène sous anesthésie générale et ses dialogues doublés n’importe comment. A ce propos, je suis persuadé que le briefing de la première mission est dicté par Jean-Luc Reichmann, même si je n’ai trouvé aucune preuve de ce que j’avance et que Walou n’en est pas convaincu. Mais passons… J’avais par ailleurs totalement oublié que deux des cinq missions du jeu sont des phases de shoot’em up complètement moisies. C’est mou, c’est injouable, et comme si ça ne suffisait pas, la musique s’arrête bien avant la fin de la séquence, nous plongeant dans une ambiance gênante et saturée des pew pew du vaisseau. Le malaise.

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« Pourquoi suis-je revenu ici, où mon passé me crucifie ? »

La deuxième mission était celle dont je me souvenais. Le héros débarque sur l’astéroïde et s’engouffre dans des coursives organiques peuplées de bestioles bizarres. Il y a une première fusillade bien molle, façon Time Crisis au temps de l’ORTF. Après quoi, on s’engage dans une section labyrinthique où la probabilité est forte de tomber sur LA bestiole increvable. Une sorte d’hydre qui se dandine dans un bassin d’acide et qui t’attaque laborieusement jusqu’à ce que ta vie tombe à zéro. On a beau la mitrailler, j’ai bien l’impression qu’elle n’encaisse rien et que tomber nez à nez avec elle entraîne fatalement un game over. Pour progresser dans ce niveau, il faut en fait aller toujours à droite. Par là, on croise un monstre avec une gueule de poisson triste et plein de grosses larves bleues et rouges, pour autant de gunfights arthritiques et interminables.

Et vous vous souvenez, cet instant où l’on a une chance sur deux de finir boulotté par un monstre en glissant dans un tunnel ? Je trouvais ça génial il y a quinze piges. Mais aujourd’hui, quand j’ai opté pour le mauvais côté, ça ne m’a pas vraiment fait marrer. Tellement pas que j’ai quitté le jeu et que je me suis juré de ne plus jamais le relancer.

Quand j’y pense, c’est peut-être pour ça que je suis si peu friand de retro-gaming et de remakes en général. Car se replonger dans ses souvenirs, c’est avant tout le meilleur moyen de les anéantir. Entre Barbara et Proust, mon choix est fait.

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Au fait, Jean-Luc, est-ce bien toi ?

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Deez

Comme Jules Ferry ou Laurent Mariotte avant lui, le Deez est né dans les Vosges. Il a ensuite migré vers Paris pour y fabriquer son nid, à base de vieux magazines de jeux vidéo et de miettes de chips. « Pervers mais sympa » selon ses proches, le Deez aime avant tout le sport (à la télé), la tartiflette et le cinéma de Tarantino.

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8 commentaires

  1. Troll Qui Pue Le Ra-Kre-V 30/04/2013 Répondre

    Qu’elle ambiance cette intro … Aussi palpitante que vivement dimanche chez ma grand mère …
    Par contre je pense aussi que c’est Jean-Luc Reichmann . Mais bon je suis ptet influencé par ton article .
    Très bon article ;-) ( l’avis d’un troll importe peu … Mais bon je le donne quand même ).

  2. Je suis persuadé qu’il s’agit bien de Jean-Luc Reichmann. Tout comme je suis à peu près sûr que le doubleur français de Stallone faisait toutes les voix dans Dune 2 sur Amiga.

  3. Hoopy

    Juste en passant : Vous pouvez télécharger le jeu sur Abandonware France, promis, vous le regretterez aussitôt.
    http://www.abandonware-france.org/ltf_abandon/ltf_jeu.php?id=1394&fic=liens
    Ne me remerciez pas.

  4. C’est dingue on dirait la même voix-off que dans GIGN anti-terror Force de Davilex…

  5. Bien joué mon Deez! Évidemment que c’est Jean-Luc Reichmann!!!! Aucun doute possible!!! Je valide! Il se reconnait entre mille, c’est facile comme Maurice Sarfati ;-)

  6. Bon, si c’est lui Wikipedia n’est pas au courant, par contre, c’est vrai que cette voix me fait pensé à un vieux mélange en Reichmann et le doubleur français de Sam Fischer (Splinter Cell)

  7. JustinBridou 02/05/2013 Répondre

    Pour ce que ça vaut, oui on dirait bel et bien jean-luc!

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