Crash Garrett et les Indiens nazis

Dans la vraie vie, le jeu est en 320x200, mais bon,  z'allez pas regarder le site à la loupe.

Dans la vraie vie, le jeu est en 320×200, mais bon, z’allez pas regarder le site à la loupe.

Dans le grenier de mes parents, il y a le-coffre-du-fond, celui où s’entassent mes jeux de quand j’étais petit. Durant mes vacances (ouais quand on a plus un rond, on part en vacances chez les vieux), j’espérais y trouver des cartouches Atari qui sentiraient bon le mercredi après-midi, le jus d’orange et le Nutella. J’ouvre le coffre et BAM ! Deux disquettes me sautent à la gueule comme une mine anti-personnelle. Elles sont frappées d’un nom maudit entre tous : Crash Garrett.

Crash Garrett est un jeu d’aventure textuel, merveilleusement interminable, sorti en 1987 sur IBM PC Compatible, Amiga et Atari ST. A l’époque évidemment, je ne savais pas que mes chances de le finir avoisinaient, plus ou moins, mes chances de rallier le Groenland à la nage avec un submersible russe attaché autour du cou. Tout ce que je savais, c’est que Crash Garrett avait l’air super cool.

Regardez-moi cette saloperie d'indien nazi !

Regardez-moi cette saloperie d’Indien nazi !

Sur la boite éventrée du jeu, tout un monde d’aventure semblait me tendre les bras. On y voyait pêle-mêle un fier héros américain genre bad guy au grand cœur, une demoiselle qu’on imagine en détresse, des avions, des motos, un officier SS, un drapeau nazi et enfin un… Indien ? Oui monsieur ! Un Indien. Et vu qu’il était dessiné à côté du méchant, j’ai toujours cru que c’était un Indien nazi. J’avais 9 ou 10 ans : c’était plausible.

Pour résumer, Crash Garrett avait l’air d’un jeu parfaitement incroyable. Une fois ma disquette dans mon Amiga, j’étais prêt, l’histoire se lance. Crash Garrett, pilote, escorte une journaliste people vers la clinique d’un certain Caleb Horn. En minaudant comme une chatte en chaleur et en miaulant du « chéri » tous les deux mots, elle m’apprend que Caleb est un psy à la mode dans le milieu du showbiz hollywoodien. Une de ses patientes s’est suicidée la veille. Là, mon reporter flaire un truc louche. Pour elle, cette mort cache un mystère. Un secret énorme ! Déjà, elle rêve de scoops et de gros titres.

L’avion se pose sur le tarmac. Sans un mot, un Arabe excessivement typique (il a un fez) fait rentrer la journaleuse dans l’hôpital. Et bien entendu, un mécano débarque barre de fer à la main, pour me dire de dégager. Crash se retourne vers moi, joueur, et me demande « Qu’est-ce que tu me conseilles ? ».

crash_test

« Pas forcément accessible aux débutants »… La bonne blague.
Logiciel du mois pour Amstar n°20 Avril/Mai 1988 (via Abandonware Magazines)

Crash… J’ai 10 ans, je n’ai rien à te conseiller ! J’ignore comment je peux me souvenir de ce jeu. Gamin, je crois n’avoir jamais vu autre chose que le premier écran avec le mécano. Je ne suis pas là pour faire le procès des jeux d’aventure textuels, mais ça reste quand même le système le plus exigeant et le plus punitif du monde. Un jeu de plateforme, au bout de mille essais, ça passe. Un jeu point & click, en combinant tous les objets, un truc arrive. Là, non. Il faut écrire ce que Crash doit faire.

Souvent, il faut même trouver le ou les mots exacts qui le feront avancer. Pour un gosse, finir Crash Garrett est une utopie. A un moment, entre deux bastons, il faut coucher avec une catcheuse. « Baise ». Je vous jure, c’est le mot exact qu’il fallait écrire pour sortir de la chambre de Lotta. Comment aurais-je deviner qu’il fallait d’abord la culbuter ? Je découvre ça le 15 février 2013… Soudain, je pense au Hoopy de 10 ans, chaste et pur, qui perdait ses mercredis sur le premier écran du jeu. J’ai eu beaucoup de peine.

La version PC affiche environ 4 couleurs... Même pour les scènes de sexe.

La version PC affiche environ 4 couleurs… Même pour les scènes de sexe.

Il m’aura fallu 20 ans, quatre thermos de café et mon propre poids en tabac blond pour terminer Crash Garrett. Avec le recul, ce jeu est réellement bon. L’univers polar noir chic et glamour enrobé de complots nazis, est vraiment bien foutu. Étonnamment,  l’aventure est tout sauf linéaire et contrairement aux softs modernes, une action peu avisée peut vous planter. En effet, même si Crash Garrett est un jeu figé, le temps suit son cours. Rien ne vous l’indique non plus, mais chaque action est timée. Parfois vous décider de prendre l’avion plutôt que la moto pour sauver une nana, et c’est trop tard.  Vous arrivez, elle est morte… Alors bon, faute de mieux, vous sauvez ceux qui sont encore sauvables ; il est possible de terminer le jeu de diverses manières avec plus ou moins de casse.

Mais il y a mieux ! Beaucoup mieux même ! Parfois, après une folle course poursuite en écrans fixes, vous perdez votre cible de vue. Naïf, vous pensez qu’elle se planque quelques part. C’est obligé, il le faut. Mais non ! Vous ne le savez pas encore, mais vous avez déjà perdu, sans game over. On vous laisse tourner en rond et fouiller le monde entier sans vous dire que tout est déjà foutu ; sinon, ce ne serait pas drôle… « Mais qu’à cela ne tienne! », me dis-je :  grâce à la toute puissance d’internet, je vais enfin plier ce jeu !

Alors, ça ne se voit pas, mais le jeu est français. Gaffe aux versions Amiga US, à cause d'un bug, elles sont interminables.

Au fait, le jeu est français. Gaffe aux versions Amiga US, à cause d’un bug, elles sont interminables.

Ce fut dur. Même avec internet, finir ce foutu jeu est un challenge de chaque instant. 99% des soluces sont identiques (sans doute repompées à la chaîne par des bots), et sans surprise, toutes sont fausses. Mais surtout… il y a une astuce. Garrett peut utiliser un pouvoir. Parfois deux mecs vous coincent, vous écrivez « tuer hommes », en espérant les flinguer, et vous validez avec entrée. Le premier tombe, le second vous tue. Logiquement, j’en déduis que je ne devais pas me retrouver dans cette situation, l’éviter. Mais impossible.

Puis je découvre l’horrible vérité. Il ne faut pas valider le « tuer hommes » avec la touche entrée, mais avec la touche « $ ». Rien ne le précise évidemment. Ça fait partie des trucs comme ça, qu’il faut deviner, comme la position de Garrett, qui se balade parfois et sort de l’écran sans qu’on sache vraiment où il est. Enfin, si, je sais où il est… Dans mon grenier, et dans mon cœur un peu aussi.

Si après tout ça, vous avez une heure à perdre et deux jours pour pleurer, le jeu est en abandonware. Vous pouvez donc y jouer sans problème (façon de parler, des problèmes vous en aurez plein). Sur Abandonware France, vous trouverez une version PC très moche qui tourne sous DosBox. M’enfin, je vous conseille d’émuler les versions Amiga ou Atari, bien plus colorées.

Appelez moi le responsable

Hoopy

Hoopy

Lucky fut son nom de baptême joystickien jusqu'à ce que Dame Chance ne le foute sur le trottoir par caprice. Depuis revenu à l'état sauvage, le Hoopy arpente l'internet et les bars dans l'attente de ce jour pas si lointain où, enfin, les boeufs guerriers prendront le contrôle de la planète.

Visit Website

4 commentaires

  1. Bon article et bel hommage également, merci bien :)

  2. Purée, j’ai jamais réussi non plus ce jeu. Quand tu parles dans le titre des indiens nazis, j’ai eu une image de Colorado (Silmarils) Ouais je sais rien à voir, sauf que ça me rappelle durement mon âge. Snif. Très bon article et très bon site aussi. Peace.

  3. Tindersticks 13/02/2016 Répondre

    Autre jeu textuel impossible a terminer, le manoir de mortevielle sur atari ST. Les personnages parlaient vraiment, avec une voix de robot…
    Merci pour cet article.

  4. Note : Le Manoir de Mortevielle n’entre pas dans la catégorie des jeux d’aventure textuels mais graphiques, avec une utilisation exclusive de la souris.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*