Dead Space 3 : le space-operatage

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Je viens de finir Dead Space 3. Pendant que le générique défile, je fouille dans ma sacoche sur laquelle est accrochée ma petite mouffette en peluche. Mouffetta, qu’elle s’appelle. Je mets la main sur mon calepin, bien décidé à retrouver les notes prises un an plus tôt, à l’occasion de l’annonce du jeu chez Visceral. Après avoir parcouru quelques lignes, je retrouve la formule que j’avais consigné si précieusement…

Séquence flash-back.

Je suis dans une grande salle de projection plongée dans le noir, avec une méchante envie de pioncer. Je me retiens, surtout par politesse. Et aussi parce que je suis trop dépité pour fermer les yeux. Devant moi, sur une scène improvisée, Steve Papoutsis se prend pour un mauvais Jon Stewart et présente les différents membres qui composent le studio Visceral Games. « Alors, ça c’est Michel qui collectionne les fourchettes portugaises du XVIIe siècle. Hein que tu fais ça Michel ! T’es un peu con Michel, faut bien avouer ». Je suis franchement épuisé. Et en même temps, je me dis que ça pourrait être pire. Plutôt que de faire son sketch consternant, le patron de la franchise Dead Space pourrait choisir de remontrer la séquence de jeu toute moisie qu’il vient de dévoiler pour la première fois.

Oh c’est nul. Mais nul ! A croire que le studio a passé toutes les qualités du premier épisode dans une passoire pour ne garder que les gros morceaux indigestes. Avant, bien sûr, de saupoudrer le tout des pires idées que l’univers ait porté depuis le design de la Fiat Multipla et l’offensive de Napoléon sur la Russie. Des ennemis humains ? Du coop ? Un second personnage complètement insipide qui s’appelle John Carver ? Sans déconner… Pour le coup, si les développeurs ont voulu ronger toute la moelle de cette licence géniale pour ne laisser qu’un os miteux, ils ont bien réussi leur coup. Tant mieux pour eux après tout… Ça m’empêchera quand même pas de trouver la démarche affligeante.

Pendant que Papoutsis poursuit son stand-up gênant, je maugrée dans mon fauteuil. Ces inconscients de Visceral sont en train de transformer un pur survival-horror démentiel en un shooter bas du front, et ils semblent fiers d’eux. Mais merde ! Y’en a marre de ces rustines mainstream que l’on fixe un peu partout en dépit du bon sens. La série Dead Space avait une griffe, un style, une originalité. Et voilà qu’on la dévalue avec des trucs insignifiants. Les préceptes de la série sont bafoués ? Rien à foutre. Les nouveautés incrustées au burin ne sont pas du tout en adéquation avec le gameplay de base ? Pas grave ! Du moment que le jeu perd toute singularité et qu’il ressemble au final au TPS le plus lambda possible… En fait Dead Space 3, c’est un peu… Je sais pas… Un peu comme si Jaques Brel se mettait à chanter du Patrick Sébastien pour passer plus souvent dans les mariages. Hmm. Je l’aime bien cette formule ! Je vais la noter et essayer de la ressortir une autre fois.

Fin du flashback.

"Dans le Port d'Amsterdam, y'a des serviettes qui tournent..." Bof, je suis sûr que je peux trouver mieux.

« Dans le Port d’Amsterdam, y’a des serviettes qui tournent… » Bof, je suis sûr que je peux trouver mieux.

« Comme si Jacques Brel chantait du Patrick Sébastien ». Bon, j’avais peut-être été méchant en écrivant ça à l’époque mais le fait est que Dead Space 3 m’a bel et bien déçu, conformément à ce que j’avais pressenti l’année dernière. Le jeu est propre, il a toujours une belle gueule et n’est pas désagréable à prendre en main. Mais il a à l’évidence perdu son âme. En fait, Visceral a essayé de diversifier sa formule en intégrant des éléments que je trouve terriblement superflus.

Des missions secondaires ? A quoi ça sert franchement ? A part gonfler la durée de vie en rajoutant des quêtes insipides où l’on ne fait que franchir des portes et attendre que les bouches d’aération vomissent des Nécromorphes ? Ça sert à rien ! Le constat est le même pour la possibilité de crafter ses armes. Ok, c’est cool de jouer sur le fait qu’Isaac est une sorte de McGyver de l’espace capable de faire un lance-obus avec trois bouts de ferrailles et un circuit imprimé. Mais encore une fois, je m’en fous complètement de cette dimension-là. Je ne dis pas que c’est nul ou que ça ne fonctionne pas. Juste que ce n’est pas ce que je cherche dans un Dead Space. Le constat est en fait un peu le même qu’avec Assassin’s Creed 3. A trop vouloir jouer la carte de la polyvalence, ce troisième épisode se perd en route et se foire sur son noyau, sur ce qui aurait dû être son atout principal : l’ambiance.

Selon moi, il y a deux éléments qui font que Dead Space 3 déconne plein tube. Déjà, l’écriture a été bâclée, surtout en ce qui concerne les personnages. Si la trame de fond se laisse suivre et s’inscrit plutôt bien dans la mythologie de la série, il est pour ainsi dire impossible de s’immerger dans une histoire où les protagonistes se révèlent aussi faibles. Isaac est à la rigueur le mieux loti. Mais la pauvre Ellie est méconnaissable par rapport à l’épisode précédent. Elle qui était une battante, une putain de guerrière dans Dead Space 2, se retrouve reléguée à un rôle de nunuche dont on a bien du mal à comprendre les motivations.

Elle se coltine en outre un petit ami pourri, qui a le mot « traître » gravé au milieu du front. C’est d’ailleurs l’occasion d’un triangle amoureux navrant, dont on devine la conclusion environ dix heures avant que le twist ne se produise. Et il y a enfin ce gros balourd de Carver, avec sa trogne ravagée et son background consternant qui a dû nécessiter au moins quatre minutes de brainstorming intensif à la cafét’. J’exagère pas. Avec un casting aussi lamentable, je pense qu’il est physiquement impossible de ne pas décrocher de l’intrigue passée la première heure.

D'entrée, le jeu annonce la couleur avec honnêteté

D’entrée, le jeu annonce la couleur avec honnêteté.

Mais il y a pire. L’autre énorme bévue du jeu réside dans son approche de la frayeur. Les développeurs sont partis du principe bancal qu’en multipliant les monstres et les combats, le joueur souillerait son slip puissance douze. Eh bien non ! Au contraire, Dead Space 3 franchit la ligne jaune (si je puis dire) et nous colle une overdose de flippe mal foutue. Dans le premier épisode, on paniquait à l’idée de traverser un couloir un peu trop silencieux à notre goût. Et quand un bruit suspect résonnait dans notre dos, on partait en cacahuètes, dégainant son cutter plasma pour arroser des tuyaux, des portes et des murs qui ne nous avaient rien fait.

Dead Space 3 produit l’effet inverse. Le jeu confond la peur insidieuse avec le sursaut tout ce qu’il y a de plus mécanique. Certes, quand une bestiole surgit de la neige ou du plafond, je fais un bond. Ça m’énerve, ma copine se moque de moi et je finis par hurler de rage et vidant un chargeur sur le monstre goguenard. Mais ce n’est pas comme ça que la peur fonctionne ! C’est même tout le contraire. Du coup, après plusieurs heures de jeu et autant de sursauts, on repère à l’avance tous les spots desquels les Necromorphes vont surgir à coup sûr. Au lieu de les redouter ou de fuir, on finit même par aller au devant du danger et à charger les mutants comme un Spartiate de titane, en insultant la grille d’aération qui s’apprête à laisser passer un monstre.

A un moment, je me suis même demandé si les créatures n’avaient pas plus peur de moi que l’inverse. J’ai imaginé les pauvres Necromorphe en train de geindre. « Papa ! Il va pas revenir le méchant avec son cutter ? – C’est possible mon enfant. Avec des level-designers qui abusent de l’aller-retour à la con, il y a des chances pour que le grand méchant Isaac repasse par ici… »

Nothing to do here.

Nothing to do here.

Allez, inutile de baver davantage, vous avez compris que le jeu m’a déçu. Pour conclure, j’ajoute juste qu’à aucun moment, je n’ai ressenti une éventuelle tension, ni même un soupçon d’émotion quelconque. Je ne me suis jamais arrêté devant une porte en me demandant quelle saloperie pouvait bien m’attendre de l’autre côté. Non, j’ai juste avancé, l’arme raide et pointée droit devant, tel un Jika entrant dans les douches à la piscine. De ce troisième volet, c’est vraiment ce sentiment d’acte manqué que je garderai. Le regret d’avoir traversé cette aventure en mode automatique, comme si Dead Space 3 n’avait été qu’un shooter supplémentaire, ni plus, ni moins.

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Deez

Comme Jules Ferry ou Laurent Mariotte avant lui, le Deez est né dans les Vosges. Il a ensuite migré vers Paris pour y fabriquer son nid, à base de vieux magazines de jeux vidéo et de miettes de chips. « Pervers mais sympa » selon ses proches, le Deez aime avant tout le sport (à la télé), la tartiflette et le cinéma de Tarantino.

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9 commentaires

  1. Du coup le jeu dure combien de temps grosso merdo ?

  2. Moi qui vient de terminer le second et qui l’ai trouvé déjà bien moins bon que le premier épisode, à lire cet article, l’envie de continuer l’aventure s’en est allée!

  3. Je commente pour que Deez arrête de chouiner comme quoi il n’y a pas assez de réactions à son papier. Maintenant Deez, ferme cet onglet et retourne faire les news merci. Allez là ! (et file moi un kit-kat).

  4. J’ai adoré le premier, bien aimé le deuxième, et je ne jouerai pas au troisième…

    Dites, vous avez l’intention de parler de Crysis 3 ? Parce que je suppose qu’en bons gamers, vous avez dû jouer à cette honte vidéoludique. Le jeu qui vous fournit le god mode en équipement de base.(Désolé de dériver sur ça, mais ça me tient à coeur haha)

  5. Super article :-)

  6. L’image mentale de Jika rentrant dans les douches à la piscine l’arme tendue est surement le passage le plus effrayant de tout l’article.
    Brrrr… Fichtre.

  7. si ce jeu est aussi mauvais que vous le dites c’est que vous aimez pas les jeux video faut pas deconner c’est un bon jeu,les graphismes sont exellents sauf sur ps3 vraiment une daube c’est console,il fallait bien changer de gameplay et de scenario a un moment donne,il vont surement faire evoluer le 4eme opus qui viendra sans doute ils ont voulu tester ce qui plaisait en plus ou en moins avec cette episode 3,et puis pour finir trouvez moi un jeu qui dure entre 15 et 20 heures comme celui ci voyez crysis 3 et son foutage de gueule,et puis vous l’avez fini donc il etait pas si mal non,j’invite les indecis a acheter ce jeu exellent,sauf sur ps3 (le rendu graphique est navrant par rapport a la version xbox 360 et pc qui sont tres proches l’une de l’autre)

  8. Huhu, très bon article, Deez. Il a pas l’air content le Jean-Golin :(

Trackbacks for this post

  1. […] Et pour commencer une critique acidulée de Dead Space 3 […]

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