Die Hard, le bon jour pour mourir

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– « Alors, comme ça, on va à Tchernobyl ?
– Oui.
– Ah, et c’est dangereux Tchernobyl, non ?
– Oui.
– Tu es sûr qu’on ne va pas plutôt à Chernoble, en Suisse, la station de ski ?
– Non, tu confonds avec Grenoble.
– Ah oui, Grenoble !
– Ahah, Grenoble…
– Hum.
– …
– Et c’est dangereux, il doit y avoir des radiations, non ?
– Oui ».

Je vous jure : au moment précis où ce dialogue indigent échouait à faire oublier l’absurdité d’une scène où Bruce Willis et son môme font Moscou-Prypiat en caisse pour aller botter des culs radioactifs, aussi gêné que les acteurs qui, eux aussi, se demandaient visiblement ce qu’ils foutaient là, mon séant se soulevait instinctivement du fauteuil, bien décidé à me conduire loin de cette salle de cinéma où j’avais déjà perdu trop de temps.

Et puis, je me suis ravisé. Mon expérience ne devait pas avoir été vaine. Il fallait que je témoigne. Que le monde sache. Alors, j’ai saisi mon carnet de note, et gribouillé quelques impressions, à chaud, dans le noir, avec une graphie tellement approximative que je suis incapable de les relire à présent.

Pas grave.

Car je me souviens de tout. Et je crains même de ne jamais pouvoir oublier ce que j’ai enduré ce jour-là.

Je vous préviens, il va y avoir de la casse.

Je vous préviens, il va y avoir de la casse.

Je m’étais pourtant préparé. Physiquement d’abord, en suivant le régime kebab-mayo-ketchup mis au point par Jika lors d’une soirée perdue du côté de la gare de Lyon. Mentalement ensuite, en m’enfilant, d’une traite, les quatre premiers Die Hard, que je n’avais jamais vu. Non. Jamais. Vraiment. Je vous jure.

Bon, certes, j’étais bien tombé, au détour de torpides errances télévisuelles, sur des extraits du 1 et du 4, qui m’avaient permis de comprendre, sinon l’importance de la saga dans l’édification de l’actioner nineties, du moins qu’elle nous contait l’histoire d’un type capillairement contrarié qui a le chic pour ne pas mourir, mais presque.

Après avoir tremblé devant le 1, trembloté devant le 2 (qui est à Die Hard 1 ce que Y-a-t-il encore un pilote dans l’avion est à Y-a-t-il un pilote dans l’avion), jubilé devant le 3 (ok, la fin est à chier, et la scène de surf sur un 38 tonnes dispensable), et regretté un 4ème opus sans intérêt à défaut d’être scandaleux, je me pensais donc prêt à affronter le cinquième épisode, fut-il réalisé par le tâcheron aux commandes du film Max Payne.

Bruce, l'air de rien, cherche du regard la sortie du studio.

Bruce, l’air de rien, cherche du regard la sortie du studio.

Comme je me trompais. Car rien ne vous prépare à Die Hard 5, à part peut-être l’ablation des yeux ou le port d’une cagoule à l’envers. Passons sur les scènes d’action, les courses-poursuites énormes, le hijacking d’hélicoptère une main dans le dos : après tout, c’est le contrat du film d’action que Die Hard 3 a lui-même édicté.

Ca pue évidemment la thune par tous les trous (de balles) : ça aurait été dommage que même ça  soit raté. Mais le résultat ressemble beaucoup plus à un mauvais Jason Bourne qu’à un vrai Die Hard, faute de méchant assez machiavélique et surtout, faute de John McClane.

Ceci n'est pas une photo, mais bien un extrait du film (le gif loop au bout de 12 minutes).

Ceci n’est pas une photo, mais bien un extrait du film (le gif loop au bout de 12 minutes).

Ah bah oui, ne vous laissez pas mystifier par les affiches du film  (ni celle du match Stade Français/ASM) : John McClane n’apparaît pas dans Die Hard 5. Pas celui que l’on a connu, en tout cas. Pas le McClane du premier opus, un mec presque normal, au mauvais endroit au mauvais moment, qui commence le film en se brossant les dents et le termine en les crachant jusqu’à la dernière. Ici sa mue d’über bad ass amorcée dans Die Hard 2 lui permet d’atteindre un tel degré de surpuissance qu’il bascule carrément en god mode, les balles pas davantage que les évènements ne semblant encore avoir prise sur lui.

Après avoir épuisé son stock de trois mauvaises punch-lines, il switche rapidement en mode auto, répétant à l’envie la seule réplique que les auteurs ont daigné lui griffonner : « je suis en vacances ». Au sens propre apparemment, en vacances dans cette Russie de pacotille où il se démène contre des terroristes anachroniques, prêt à sauver indifféremment son fils, le monde, et Gérard Depardieu. Mais au sens figuré surtout, en vacances dans ce film dont il semble être le spectateur résigné.

De guerre lasse, Bruce Willis tente un cosplay Hank Schrader dans une tentative un peu vaine pour divertir le spectateur.

De guerre lasse, Bruce Willis tente le cosplay Hank Schrader pour amuser les deux spectateurs qui restent.

Parce que davantage qu’à McClane, Bruce Willis fait ici penser à un autre héros de John McTiernan : Danny Madigan, le gamin de Last Action Hero, qui traverse un écran de cinéma et se retrouve plongé dans des films de série B. Comme Danny, John McClane donne ici l’impression d’avoir été greffé à un univers auquel il n’appartient pas, comme s’il s’était incrusté sur le plateau de tournage d’un film-catastrophe roumano-qatari destiné au marché du direct-to-DVD.

Demeurant poliment en retrait, laissant la vedette à son fiston qu’il suit docilement sans quasiment desserrer la mâchoire, il se contente de se saisir des flingues qui passent à sa portée pour en vider les chargeurs sur des ennemis falots, en espérant que le bruit couvrira l’inanité des dialogues. Mais malheureusement, ce n’est pas toujours le cas, et parfois, on doit se farcir quelques échanges surréalistes de médiocrité entre McClane et Junior, tentant de faire mine de nous intéresser à une relation père-fils qui n’existe pas.

Si l'ensemble est très mauvais, la dernière séquence en particulier rappelle les heures les plus sombres de Die Hard 3.

Si l’ensemble est très mauvais, la dernière séquence en particulier rappelle les heures les plus sombres de Die Hard 3.

Juste après celui de la bagnole (qui n’est pas le pire), où deux types qui n’ont pas vu une mappemonde depuis longtemps essayent de nous faire croire que Tchernobyl est en Russie et Grenoble en Suisse, il y a cet échange merveilleux entre McClane et son fils.

– « C’est quoi le plan ? »
– « Y’a pas de plan. On fonce dans le tas, et on improvise au fur et à mesure ».

Je sais pas si Freud aurait pu nous dire grand-chose sur la relation en carton des McClane père et fils, mais je suis sûr qu’un lacanien verrait en ce court dialogue comme un cruel aveu.

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Walou

Walou

Né d’un père ostréiculteur en baie de Saint-Brieuc et d’une mère capable de finir Super Mario Bros 3, Walou s’est échappé des geôles de Ouest-France pour échouer dans celles de la presse jeu vidéo. Il découvre les blogs en 2012, et projette de partir à l’assaut de MySpace d’ici 2078.

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11 commentaires

  1. leodeurlevan 21/02/2013 Répondre

    C’est chiant les articles comme ça : on a envie d’aller voir le film pour checker le fait que ce soit aussi merdique !

  2. Tellement vrai, mais tellement vrai ! Je suis allé le voir hier soir, j’en ai limite honte…
    Les scénaristes, c’est vraiment des branleurs !

  3. Cet avis est parfait et a pris certainement deux fois plus de temps que l’écriture du script de ce Die hard 5. Bravo, bel article, drôle et appréciable – contrairement au film.

    Lebleudumiroir.fr

  4. Comme nanard des 90′ sur-essorée, il vaut le dernier universal soldier : Le jour du jugemement ou pas ?
    Parce que la critique de Walou, on pourrait la transposer telle quelle à Universal Soldier mais encore, Van Damme ne fait même pas rire et apparaît moins que sa doublure :x
    Ah les retraites des acteurs doivent pas être énormes vu les bouses qu’ils font pour se remplir les poches !

  5. Plutôt d’accord avec ta critique ! J’ai aussi beaucoup aimé la scène du début, la course poursuite 4X4 versus camion semi blindé ou le super Mc Claine balance des répliques à deux balles pour combler le vide du scénar…

    la scène ou arrive a sauter du pont en 4×4, rouler sur d’autres bagnoles et repartir aussi sec…

  6. Le scandale c’est surtout (en plus de tout le reste cité ou non dans l’article) d’avoir changé le postulat de départ de la saga Die Hard (que même le 4 avait respecté !).

    John McClane c’est LE mec qui est toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Il attire la poisse (et c’est ce qu’on aime).
    Dans le 5, il VA au mauvais endroit sciemment. Et c’est là que tu sais que tu ne verras pas vraiment un vrai Die Hard.

    On se consolera en se disant que le 5e élément est Die Hard 2214.

  7. Bon ben voilà, j’ai envie de le voir ><

    • Même chose, pour voir si il est aussi mauvais que ça.

      C’est fou comme on peut être masos des fois… Bon par contre, je vais pas dépenser 10€ pour ça… :p

  8. Je l’ai vu et franchement, je pense que les scénariste, eux aussi, étaient en vacances…

  9. Je l’ai vu ce matin, et je trouve le doublage français exécrable. A croire que même le doubleur de Sir B. Willis lui-même à oublié le personnage de John Mc Lane… le « YIPIKAY » devenu « YIPIKAYO » ou un truc du genre…
    A moins que l’acteur lui-même a oublié le personnage…
    Bref encore une licence gâchée par un opus de trop… ou plutôt par un opus totalement décalé par rapport à ses origines…
    RIP John.

  10. Le film est une daube sans nom. Je suis aller le voir hier avec ma copine. On a hésité entre Die Hard et Gi Joe, autrement dit entre la peste de le cholera, ou encore entre aller à Racoon City ou Silent Hill…

    Bref, l’article montre bien la nullité de l’ensemble, mais encore j’en ai remarqué d’autres.

    -La course poursuite du début : la camionnette bleu a un coup le cul défoncé, un coup nan, un coup oui, un coup a moitié.
    -L’un des mecs nous dit que la clé du coffre est dans un hotel, et le coffre lui même est a Pripyat, ville d’Ukraine à coté de Tchernobyl. Alors que finalement le coffre est dans cette dernière, comme par hasard dans une immeuble juste a coté du réacteur, qui lui est sans sarcophage…
    -On nous dit que le fils s’appel Jack, alors pourquoi a la fin on nous dit Junior ? Il ne s’appel pas John , mais JACK putain !

    Bref, une nullité. J’en ai mal au coeur tellement le 1 était bien.

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