Høtel, le vertige du néant

Quand le cosmos devient le dernier lieu des métaphores à la mode.

Quand le cosmos devient le dernier lieu des métaphores à la mode.

Profitons du sursis accordé par cette fin du monde différée à une date ultérieure pour nous pencher sur un univers virtuel qui n’a pas eu cette chance : celui de Høtel.

La web série lancée par Arte Live Web a en effet diffusé son dernier épisode. Le monde persistant, ou plutôt, le non-monde persistant qui constitue la suite du projet, vient d’être mis en ligne aujourd’hui même. Benjamin Nuel l’artiste à l’origine de ce beau foutoir en profite pour démontrer de manière éclatante que l’on peut être un hispter fini, sans pour autant dédaigner surfer sur les phénomènes populaires.

Jean-Jacques aimerait bien savoir où il est.

Jean-Jacques aimerait bien savoir où il est.

A la fin de la web série, les avatars de terroristes et de contre-terroristes ont réussi à s’enfuir de leur écosystème qui s’est lentement désagrégé pendant de dix épisodes. L’Hotel où ils vivaient est retourné à l’état de polygones épars dénués de textures. Ce faisant, certains d’entre eux ont eu tout le loisir de découvrir, au contact d’une poule 8-bits, à quel point le décor numérique de leur quotidien n’était qu’une vaste illusion vide de sens. Si ce résumé vous parait confus, et franchement je le comprends, je ne peux que vous inviter à regarder l’intégralité de la série, qui emprunte allégrement mais subtilement aux codes du jeu vidéo pour mettre en scène la vie de cette petite communauté au bord de l’anéantissement.

Il ne reste donc plus que moi, internaute spectateur qui nage dans le néant. Je m’approche de cette petite île. Des bières ? Un ballon de foot ? Chargeons tout ça dans la barre de munitions, ça peut toujours servir. Il règne ici une mélancolie pesante. Je mets un écran d’ordinateur dans mon sac, puis le poste de radio. Ça y est, j’ai de quoi recréer mon petit bout de réalité virtuelle, enrichi de données personnelles.

Mon premier îlot. Il ne ressemble à rien, mais il faut dire que la navigation du bordel n'aide pas beaucoup.

Mon premier îlot. Il ne ressemble à rien, mais il faut dire que la navigation du bordel n’aide pas beaucoup.

Allez hop, je plante un arbre, j’uploade la chanson Breezeblocks d’Alt-J dans la radio. Je fais de même avec un bout de film où l’on voit Hoopy dessiner une teub dans son vomi étalé sur la table du Chilien (je mets mon adresse PayPal à la disposition de ceux qui souhaitent mettre la main sur cet enregistrement rare et précieux). J’ajoute la raquette de ping-pong pour le fun et on largue les amarres. Autour de moi, des morceaux de la vie d’autres Internautes flottent également.

Cela se remarque à peine à l’œil nu, mais ces agrégats s’égayent imperceptiblement. Dans quelques semaines, ils ne seront plus que des points au loin. Dans quelques mois, il faudra parcourir des kilomètres pour espérer remettre la mains dessus. Ces instantanés de l’humeur de leurs créateurs dérivent vers le passé, et s’effacent pour laisser la place à d’autres.

Dans le lobby du MMO, dix îles immobiles représentent les dix épisodes de la série. C'est là que l'on pioche de quoi sculpter nos créations.

Dans le lobby du MMO, dix îles immobiles représentent les dix épisodes de la série. C’est là que l’on pioche de quoi sculpter nos créations.

Le « MMO » mis en place par Benjamin Nuel et le collectif One Life Remains (qui a décidément une actualité chargée en ce moment) à la suite d’Høtel questionne directement notre rapport à notre mémoire numérique. Il n’y a pas si longtemps, une étude canadienne expliquait que seul 30% du contenu créé et stocké sur Internet survivait plus de cinq ans. Le reste, essentiellement des données éphémères (tels les messages de forums de discussion), étant peu à peu éliminé, au fur-et-à-mesure des fermetures de serveurs, de sites ou d’hébergeurs. Seuls les 30% jugés les plus importants sont conservés, copiés, transmis.

Après plus de 5000 ans d’Histoire basée sur l’écriture, pendant lesquels on a cru à tort que la mémoire de l’Homme se conserverait fidèlement, Internet ne serait-il pas en train de nous ramener vers une civilisation de l’oral ? A travers ces vidéos, ces images, ces textes, ces jeux, ces programmes que nous nous échangeons frénétiquement, ne sommes nous pas en train de reforger complètement la manière dont nous gérons collectivement la connaissance? C’est la question que je me pose quand je glisse dans les abîmes de Høtel.

Pour ceux qui ont envie d’expérimenter, c’est là que ça se passe. J’offre un litre de débouche évier au premier qui insère une œuvre de Katsuni dans son îlot.


MAJ :
Nous avons eu Benjamin Nuel au téléphone, il nous a fait part de quelques retards dans le développement de Høtel. Quelques fonctions et optimisations doivent encore être ajoutées comme la possibilité d’inclure des textes. Il signale également que l’on ne peut pas écouter les pistes mp3 laissées par les internautes si l’on utilise Firefox comme navigateur. Il est donc recommandé d’utiliser Chrome (mais pas IE, faut pas déconner non plus).

Plus important : l’expansion du Voïd n’est pas encore activée. Elle devrait l’être d’ici un peu plus d’une semaine, alors d’ici là, n’hésitez pas déposer vos créations hors du cercle des îlots fixes, histoire de ne pas saturer le centre de l’univers.

Ce sera tout, vous pouvez retourner vous battre à la FNAC.

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Savonfou

Savonfou

Ayant beaucoup pleuré la mort du magazine, Savonfou s'embarque pour l'aventure ZQSD pour deux raisons. La première étant qu'il faut au moins un Parisien au milieu de ce ramassis de bouseux illettrés. Quant à la deuxième, on ne va pas se mentir : gratter des articles sur le jeu vidéo, c'est comme donner des coups de chaise de bar à Walou : on a beau dire au juge qu'on ne recommencera pas, on sait très bien qu'on reviendra y mettre un p'tit coup.

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Un commentaire

  1. Hoopy

    Tu es un monstre.

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