Damien Croze: « Je vois bien un publisher FR se hisser dans le top 3 mondial »

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Le jeu vidéo, c’est de la rigolade, mais pas que. C’est aussi une forme d’art qu’il convient de conceptualiser, ainsi qu’un inextricable business qu’il faut apprendre à décoder. Après notre interview de Peter Molydeux, nous continuons à donner la parole aux grands penseurs, à ces esprits libres capables d’élever le débat, et, un peu, l’âme. Damien Croze est un tel esprit. Méconnu du grand public, il a fait son arrivée sur Twitter en décembre dernier (@Damien_Croze), bousculant le petit monde de l’industrie française du jeu vidéo, ou comme il préférerait sans doute la qualifier, le « #gaming biz FR« . Pour la première fois, ce Michael Pachter français a accepté de partager quelques-unes de ses intuitions géniales avec un média grand public. Énorme.

« J’avais prédit que le nom « cédérom »
ne tiendrait pas la logique du futur
»

ZQSD : Vous êtes un homme secret, et on ne saurait vous le reprocher. Mais en exclusivité pour ZQSD, accepteriez-vous, en quelques mots, de rappeler votre parcours ?

Damien Croze : Dans les grandes lignes : après un bac B et quelques jobs peu satisfaisants un peu partout en France j’ai suivi mon instinct, et je suis parti en Amérique du Nord pour travailler chez un grand éditeur de jeu-vidéos. Vous m’excuserez, mais de même que je ne nommerai pas mon employeur ou mes clients (ça ne doit pas être si dur à trouver sur l’internet, j’y pense), je le laisserai anonyme. C’était au milieu des années 90, à l’époque du boom des CD-ROMs (entre-nous, j’avais prédit que le nom ‘cédérom’ ne tiendrait pas la logique du futur), de la PlayStation One, les débuts de la 3D. J’ai vécu neuf belles années, avec des victoires personnelles et des échecs, mais je retiens surtout les victoires. Je suis depuis rentré en France où je vis marié, doublement papa, heureux et analyste. In a nutshell, c’est ma vie. Le reste, c’est perso ;)

ZQSD : Incontournable sur Twitter, vous restez peu visible dans les médias plus traditionnels. Pourquoi cette discrétion ?

DC : En tant que spécialiste, mon premier devoir est avant tout envers mon/mes employeurs. Je ne suis pas un « animal médiatique » comme peut l’être Michael [Pachter] (j’ai quand même été cité par vos collègues d’IGN US of A), je suis plus proche de l’animal économique de Marx. Néanmoins, j’ai régulièrement des contacts avec des journalistes de la presse éco (Challenge, Les Échos, l’ancienne version de La Tribune, Stratégie, L’Expansion, etc.) que j’aide parfois à défricher à titre gracieux des sujet qu’ils connaissent (hélas !) encore mal. Mais je comprends que ce ne soit pas vos lectures ;) Si des confrères à vous nous lisent, sachez que je reste disponible pour tout comment dans mon champ de compétence.

Aussi rigoureux et exigeant soit-il, l'analyste résiste rarement au plaisir d'un petit tweet cocasse.

Aussi rigoureux et exigeant soit-il, l’analyste résiste rarement au plaisir d’un petit tweet cocasse.

ZQSD : Vos analyses, souvent iconoclastes, sont de plus en plus écoutées. Mais certains esprits chagrins regrettent que votre sérieux ne se départisse jamais d’une certaine malice. Conviendrez-vous avec moi que le travail de l’analyste ne se doit pas forcément d’être austère, et peut se teinter, à l’occasion, d’un peu d’espièglerie ?

DC : Attention ne pas tout confondre ! Je vois bien que vous tentez de nous jeter mes confrères et moi-même dans la fosse aux lions médiatiques mais nous sommes avant tout des pro. On s’autorise parfois quelques moments de détente mais ça ne doit jamais entraver une analyse pertinente et fine du medium ! Toutefois oui, quand on agit sur des réseaux sociaux encore jeunes comme Tweeter, il faut toujours garder à l’esprit une âme d’enfant. Vous parlez d’espièglerie, mais je parlerais plutôt d’un « oeil amusé » sur toutes les fantaisies de ce petit monde devenu grand. Mais il ne faut jamais que ce regard d’enfant nous empêche de grands coups de gueule (cf. Activision cf. Ubi-soft) !

« Turf : bon film, mais les gens ont peur des chevaux,
ça rappelle la cantine
»

ZQSD : En effet. Car tout en conservant ce ton léger et ne reculant jamais devant un bon mot, vous conservez une véritable exigence sémantique! Quitte d’ailleurs à jargonner parfois, heureusement sans excès. Où situez-vous la ligne, entre précision de l’analyse et accessibilité des propos ? N’avez-vous jamais peur de perdre votre public en route ?

DC : Vous me parlez de bons mots qui sont parfois tout simplement des retombées d’analyses ! J’aime garder un climat agréable (cf. réponse précédente) car je parle au plus grand nombre, mais je garde toujours en tête que nous parlons d’une industrie sérieuse, dont les revenus dépassent ceux du cinéma ! Et quand vous parlez de jargon, je pense qu’il s’agit juste d’une mécompréhension (et c’est normal) de notre métier. Si nous utilisons des termes complexes pour analyser le jeu-vidéo c’est pour aller plus vite. Time is money ;)

Mais comme vous l’avez très bien dit dans votre question, je donne priorité à la précision de l’analyse, qui m’apparaît fondamentale. J’espère que cela ne gênera pas mes follow car c’est avant tout pour eux que j’écris.

ZQSD : Vous tapez souvent là où ça fait mal. D’autres fois, vos analyses sont moins bien comprises, parfois même taxées d’ « approximatives », voire d’erronées. Ne s’agit-il pas là d’un mal très français ? On sait qu’outre-Atlantique, depuis des années, Michael Pachter raconte souvent n’importe quoi, sans que personne ne remette en cause la portée poétique de son œuvre.

DC : Petit correctif si vous permettez : Michael est un analyste comme nous tous, probablement l’un des meilleurs, et j’ai beaucoup de respect pour lui, pour sa carrière, pour sa pugnacité. Alors bien sûr il fait parfois des petites erreurs, il s’emporte, mais qui n’en fait pas ? Vous avez sûrement déjà écrit des previews enthousiastes sur un jeu finalement raté….. Vous êtes humain. En un sens, VOUS AUSSI on pourrait vous accuser de raconter n’importe quoi ! La différence, c’est que Michael, moi, Ben Schachter (lui est un idiot) ou d’autres, nous nous adressons d’abord à nos clients : les banques, les shareholders, etc. Nous les conseillons sur leurs investissements, c’est notre premier et seul métier. Alors bien sûr, Michael fait parfois le malin à la télévision, et il s’emporte un peu trop dans son émission Pak attack, ce qui fait de lui la cible des internautes qui n’aiment rien tant que ricaner, mais je peux vous assurer que derrière un écran c’est un killer, un role-model pour nous tous. Quant à moi… bien sûr j’ai été un peu vexé au début quand les « twittos » ont mis en doute ma crédibilité voire mon existence même, mais j’ai vite compris que c’était un petit jeu. C’est très apte pour notre métier : un petit « jeu »… entre « joueurs » pour les « joueurs ».

« FTL est un jeu de simulation de fusée qui n’est même pas terminé »

ZQSD : Le secteur du jeu vidéo connait d’importantes mutations, et nous avons plus que jamais besoin d’analystes pour tenter d’y voir clair. Ainsi, la multiplication des annonces de nouvelles plates-formes de jeu nous rappelle cruellement que la crise de 83 n’est pas si loin. Y voyez-vous le signe précurseur d’un nouveau krach, ou est-ce la manifestation d’un phénomène cette fois différent ?

DC : Le marché FR peut sembler aujourd’hui dans un état compliqué, brouillé. Mais prenons du recul et regardons la grande image. Les markets s’étendent, ils s’expandent, à la manière d’un ballon. Va-t-il exploser ? Va-t-il imploser ? Encore trop tôt pour le savoir. Certains analystes pensent que oui — cf. verre à moitié plein —, d’autres, comme moi, pensent qu’il ne va pas exploser — le verre à moitié vide.

Je ne suis pas de ceux qui prédisent le pire pour l’avenir. Je crois au progrès je crois à un futur positif et plein de créations, d’innovations et de brands performantes, génératrices de pouvoir d’achat. Alors oui, on me taxe souvent sur Twitter de trolle mais je ne commente que sur les synergies actuelles !! J’analyse l’évolution du médium, sa transformation. Mon travail est là pour analyser les tendances et pour les rendre accessibles à tout le monde — ce que les Américains appellent le analysis-bleaching, le nettoyage des analyses.

Saints Row 4? L’info est toute fraîche, et déjà, le verdict de Damien Croze tombe, sans appel.

Saints Row 4? L’info est toute fraîche, et déjà, le verdict de Damien Croze tombe, sans appel.

ZQSD : On parle aussi de l’effondrement du casual gaming, alors que dans le même temps, des centaines de OUYA s’apprêtent à déferler dans nos salons…

DC : Le marché dit du « casual » est passionnant à décortiquer pour nous. Tout un genre de jeu vidéo est né il y a quelques années avec la Nintendo 2DS et l’iPhone, le fameux shovelware, des jeux de construction souvent, de chiens mignons, mais aussi de gestion de carrière. « Shovel » en anglais veut dire pelle, c’est à dire l’outil de construction. Et ce n’est pas un hasard si cela évoque l’idée de l’immobilier, le marché le plus solide et le plus puissant en France et en Europe, voire même dans le monde (pensez à Dubaï !). Alors avant de prévoir la fin de ce marché, il faut déjà en retirer les break even de produits evergreen (en référence à leurs jaquettes vertes).

« Eric Chahi, Paul Cuissot, Michel Ancel, David Cage
sont des défricheurs d’univers numériques
»

ZQSD : Les joueurs n’ont-ils pas non plus une part de responsabilité dans ces difficultés ? On raille souvent les choix éditoriaux malavisés d’un THQ, mais ne faut-il pas non plus blâmer les joueurs, incapables de s’enthousiasmer pour de nouvelles licences courageuses, comme Metro ou uDraw ?

DC : Avec cette question, j’analyse (that’s my job mate !) que vous êtes de gauche ! Je ne vous en veux pas, tous les journalistes le sont. Mais malgré mon coté rêveur, je suis pragmatique. Je dois voir la réalité du monde d’aujourd’hui dans les yeux: le libéralisme est partout, c’est notre présent et notre avenir. Et le libéralisme, c’est avant tout le consom-acteur au coeur de la société régnant sur nous tous. Le marché est important, les banques sont le poumon de notre économie, mais sans les end-users, nous ne sommes RIEN. Quand des entreprises comme ELECTRONIC ARTS ou MAJESCO, pour lesquels j’ai un vrai penchant dans mon coeur de gamer, quittent les sentiers rabattus et se lancent dans des productions à contre-courant les gamers n’en veulent pas. Exemple : le cinéma français. Il y a les films drôles qui marchent, comme les Astérix ou les films de José Garcia. Et puis il y a ceux qui tentent d’innover sans avoir fait l’étude de marché préalable auprès des consom-acteurs. ERREUR ! Ca donne Turf. Bon film mais les gens ont peur des chevaux, ça rappelle la cantine – pire : le LasagnaGate. Typique. Ce qui tue ces publishers, ce n’est pas leur arrogance, mais leur audace. Dont acte.

ZQSD : À ce sujet : vous avez développé un certain corpus de concepts qui vous sont chers, et qui ont fait florès depuis. Celui, précieux, de « consom-acteurs », est au centre de votre outil analytique. Comment le résumeriez-vous à nos lecteurs qui découvriraient, avec cette interview, la pensée crozienne ?

DC : Il n’y a pas de pensée « crozienne ». Point à la ligne. Je la partage avec mes confrères. Ce savoir dépasse même parfois mon métier pour toucher tous les acteurs du market : Michael Patcher bien sûr, le plus connu mais aussi Julien Chièze, le fondateur du journal Game-blogg.

Ces outils sont simples à manier mais demandent, c’est vrai, un peu de pratique et surtout une certaine connaissance de l’anglais, qui reste le langage de référence dans nos échanges portuaires. Je vois sans doute l’œil hagard de vos lecteurs se questionner : mais portuaire ? De quoi parle-t-il ? Encore une fois, un minimum de maîtrise de l’anglais (US) est nécessaire. Partnership, Entrepreneurship, Marketship, Gameship, ces termes sont au cœur de notre travail. Je dois sans doute apprendre à adapter mon langage à ceux de mes interlocuteurs.

« Les Japonais adorent la Tour Eiffel et les sacs Vuitton,
que demander de plus ?
»

ZQSD : Revenons-en à la crise. Vous êtes l’un des rares en France à exprimer publiquement des doutes vis-à-vis de la plate-forme de crowd-funding Kickstarter, là où beaucoup voient au contraire une alternative économique à un modèle sclérosé. Pourquoi cette réserve ?

DC : Je pense sincèrement qu’une plate-forme comme Kickstarter sera au final un échec. Premier point : ils proposent un service intéressant mais d’où vient le cash-flow ? Comment remboursent-ils les frais d’hébergement et les services qu’ils proposent (vidéos, images, newsletter, etc.). Ce modèle n’est visiblement pas vivable et aucune organisation purement « philanthropique » ne peut tenir sur la durée, même en worldwide.

Deuxième point : de nombreux jeux sont passés par la « case » Kickstarter sans retenir l’attention du public. Ce sont à chaque fois des échecs, des productions arrêtées, des licenciements (exemple récent chez Powered Gas Games, le créateur de Total Annihilation, un FPS que j’affectionne). En ce sens, c’est un danger pour l’industrie du jeu vidéo.

Troisième point : les jeux financés sur le site Kickstarter ont reçu des échos négatifs qui nuisent au médium. Je pense à FTL, un jeu de simulation de fusée qui n’est même pas terminé ! Les consomm-acteurs s’insurgeaient sur les réseaux sociaux (Facebook, Google+ et Commentcamarche) car ils ne pouvaient pas atteindre la fin du jeu ! On croit rêver ! Evidemment, c’est inadmissible ! Aucun publisher traditionnel ne ferait ça ! Imaginez si Ubi-Soft sortait demain un Assassin’s Creed ou un Prince of Persia sans la fin ? Impensable !

Décrypter les tweets sibyllins des pontes de l'industrie, c'est aussi la mission de Damien Croze.

Décrypter les tweets sibyllins des pontes de l’industrie, c’est aussi la mission de Damien Croze.

ZQSD : Vous êtes un grand défenseur de la french touch, revigorée ces dernières années par les efforts des Arkane, David Cage et autre Gameloft, et c’est tout à votre honneur. Le salut peut-il venir de ces studios méritants ?

DC : C’est mon intuition, en effet ! C’est cette french touch qui a été ma bonne étoile… il y a dix ans, j’étais perdu aux US of A, prisonnier d’un job « de rêve » pour lequel j’avais vendu mon âme. Je suis rentré en France pour accompagner cette nouvelle vague qui déferlait sur le pays et je ne regrette rien. Eric Chahi, Paul Cuissot, Michel Ancel, David Cage évidemment: ce sont des défricheurs d’univers numériques, des créateurs, des visionnaires. J’ai même la faiblesse de penser que sans Ray-Man, il n’y aurait pas eu de come-back possible pour Mario Bros. Mais c’est un autre débat…..

Si on se tourne cette fois vers le futur de notre industrie JV française, on voit des titres innovants et novateurs qui vont – c’est une certitude – performer dans les charts en worldwide : Remember Me, Beyond Good & Evil, Shootmaniac, Just Dance 5, Les Lapins Crétins et d’autres sous NDA (je pense au jeu d’Ubi-Soft/THQ). Le monde envie notre savoir-faire FR, nos fromages, nos vins, les Japonais adorent la Tour Eiffel et les sacs Vuitton: que demander de plus ? Sur le plan du dynamisme R&D et du dynamisme créatif, tous les indicateurs sont au vert. Je vais même vous faire une confidence : je vois bien un publisher FR se hisser dans le top 3 des publishers mondiaux. Je n’en dirais pas plus…. superstition ;)

« Après la réaction à chaud, je me demande toujours :
« comment cette news impacte l’end-user ? »
»

ZQSD : La récente conférence PS4 a révélé une profonde fracture entre les studios qui cherchent à créer de l’émotion (ou, pour résumer un peu rapidement, « l’école Molyneux »), et ceux privilégiant des interaction plus répétitives, mécaniques, monotones même (ce que nous appellerons aussi, mais pour des raisons différentes, « l’école Molyneux »). Pensez-vous que ces deux modèles, l’émotion contre les QTE, les polygones d’un Quantic Dream contre le pixel-art grossier d’un Media Molecule, pourront continuer à coexister, ou que l’un finira par l’emporter ?

DC : Je me suis largement expliqué sur la conférence PS4 que j’ai live-twitté en direct (une première en France !). Après le temps de la réaction à chaud, qui parfois nous induit en erreur reconnaissons-le, j’essaye toujours de revenir sur l’évènement, et de me demander « Comment cette news impacte l’end-user ? ». Toutefois il est terriblement important que vous fassiez l’effort de ne pas résumer les choses en « école Molyneux ». Twitter a une limite de 140 caractères et tous les soirs les tweets sont effacés. Ici, sur un site comme le vôtre, il est important que vous puissiez passer tous les messages à vos lecteurs, entièrement, sans concessions.

On a beau être analyste, on en est pas moins homme, sujet à de bien légitimes coups de sang.

On a beau être analyste, on en est pas moins homme, sujet à de bien légitimes coups de sang.

ZQSD : Justement, j’aimerais aborder avec vous la question de la presse. Le cas Aliens Colonial Marines révèle la déconnexion totale entre l’avis du public (cf. ses excellents chiffres de vente) et celui de la critique (Metacritic le gratifie d’un timide 43/100). Pensez-vous que les critères de notation qu’utilisent les médias sont toujours pertinents ? Et sinon, comment expliquez-vous ce schisme ?

DC : D’abord, il est important que de signaler que Metacritic, comme son nom l’indique, est un site où les différents tests sont agglomérés et condensés. Il ne s’agit pas de faire une moyenne (tout utilisateur d’Excel utiliserait la fonction =MOY par exemple) mais de résumer une pensée commune (=AVE). En faisait cela, Metacritic tire vers le bas les notes et les avis. C’est un site que je considère « peu fiable », c’est en quelque sorte le Kelkoo 2.0 et je dis ça sans porter de jugement : il parle avant tout émotionnellement aux joueurs. Prenez les notes et calculez par vous-mêmes ; vous verrez que je dis la vérité. Alors qui faut-il croire ? Des journalistes, des passionnés, des gens qui sont prêt à traverser la moitié de la planète Terre pour découvrir un jeu ? Ou alors un site qui compresse les avis ? Lorsque j’ai commencé à enquêter sur ce sujet — car difficile de faire l’impasse sur les sites agglomérants de contenus comme Metacritic ou IGN (pour « Immediate Games News », nouvelles immédiates de jeux (vidéos) CQFD) — j’ai tout de suite compris que le plus important est de savoir qui se cache derrière les sites.

Certains journalistes disent qu’un monde sans note serait un monde meilleur. Déjà, je pense que c’est tout de même refuser de voir la réalité en face (la Palestine, la faim dans le monde, les accords de Yalta, etc.), mais c’est surtout empêcher les joueurs et les consomm-acteurs de jouer un rôle, celui de partenaires.

« Je me répète, mais « readership is leadership » »

ZQSD : Plus largement, quel est votre regard sur la crise de la presse jeux vidéo ? Les modèles éthiques et économiques sont-ils à remettre en question ?

DC : Je ne suis peut-être pas le mieux placé pour traiter du sujet. Si j’adore le gaming et jouer avec mes enfants, je connais mal la presse spécialisée. J’ai bien sûr suivi les différentes affaires, mais avant tout d’un point-de-vue éco. Je lis tout de même Jeux-Videos Magazine et CanardPC, mais à vrai dire mon kiosquier n’a rien d’autre. J’apprécie beaucoup par contre les articles de certains journalistes « classiques »: Olivier Seguret, Laurent Checolat, Francois Bliss de la Boissière (est-ce son vrai nom ?), etc. Ils arrivent à manier la plume de façon experte, créant des critiques mêlant fulgurance, solide connaissance du medium, art de vivre et analyse éco. Bien sûr je ne suis pas toujours d’accord, mais c’est bien plus intéressant et fiable que ce que je lis ailleurs. J’ai regardé votre site, et sans vous commander, je vous donne un conseil : suivez leur chemin.

Observateur avisé de la vie des médias, Croze évite habilement hausses-trappes et faux-semblants.

Observateur avisé de la vie des médias, Croze évite habilement chausses-trappes et faux-semblants.

ZQSD : On a aussi remis en cause les accointances entre journalistes et éditeurs. Par exemple, certains ont pu conspuer les soirées éditeurs, qui permettent pourtant de rencontrer (enfin !) ses collègues, tout en évitant de froisser leurs organisateurs (voir à ce sujet le salutaire premier débat de NoLife). On a aussi beaucoup attaqué le principe des voyages de presse, grâce auquel il est possible d’assister à des avant-premières dans des conditions, soit dit en passant, souvent extrêmement rudimentaires. Mais avant de couper les ponts avec les développeurs, la presse doit accepter de changer radicalement de paradigme, et, en particulier, de ne plus pouvoir faire de previews, exercice tellement verrouillé que la plus-value pour le « readership » n’apparaît de toute façon plus comme évidente… Bon, excusez-moi, mais je ne sais plus ce que je voulais vous demander.

Ah si : pensez-vous que le public est prêt pour cette « nouvelle presse », débarrassée de ses vieilles marottes ?

DC : Je ne sais pas si vous l’avez lu, mais je me suis expliqué là-dessus récemment sur mon fil Twitter. Je pense en effet que le public FR est 100% près pour cette nouvelle presse qu’il appelle de ses voeux. Je me répète, mais « readership is leadership« . Tout est dit je crois.

ZQSD : Pour finir sur le « Doritos gate » : inimaginable en France il y a encore quelques semaines, pourrait-il enfin franchir la Manche ? Et dans ce cas, ne serait-il pas urgent de lui trouver un nom plus approprié et plus compréhensible, type « Pringles gate » ?

DC : Vous me taquinez ;)

ZQSD : Oui! Pardonnez ma désinvolture, mais j’aimerais conclure, si vous me le permettez, par une question en forme de boutade. On l’a vu lors de cette interview, l’industrie du jeu vidéo est un colosse aux pieds d’argile, plus riche mais aussi plus fragile que jamais : imaginez-vous, en cas de faillite globale, une société sans jeu vidéo ?

DC : C’est de la Science-fiction ! Je plaisante bien sur. En vérité j’ai grandi dans une époque où le gaming était rare et cher (principe éco de base). Ca peut vous sembler inimaginable mais Internet n’avait pas encore été inventé ! Je pense souvent à ce que serait l’humanité si Al Gore n’avait pas été là pour nous.

ZQSD : Merci pour votre temps, Damien, et au plaisir de vous lire !

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Walou

Walou

Né d'un père ostréiculteur en baie de Saint-Brieuc et d'une mère capable de finir Super Mario Bros 3, Walou s'est échappé des geôles de Ouest-France pour échouer dans celles de la presse jeu vidéo. Il découvre les blogs en 2012, et projette de partir à l'assaut de MySpace d'ici 2078.

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12 commentaires

  1. powermugen 16/03/2013 Répondre

    J’ai quand même souvent l’impression que Damien Creuse passe parfois à côté de certaines actualités, surtout celles datant d’avant la création de son compte twitter.

    Et bien merci pour tous ces éclaircissements et cette longue explication SANS FAILLES.

  2. Alors là bravo, vous avez pris tout le monde de vitesse.

    Et saluons encore ce grand esprit du XXI eme siècle qu’est Maitre Croze.

  3. Ça fait une bonne semaine que je suis à 100% sûr que @Damien_Croze est un fake, mais je ne savais toujours pas qui était le marionnettiste. Maintenant je sais. :)

    PS : Pas de sentiments durs/No hard feelings, Damien!

    • Walou Author

      Que nenni. Si Damien Croze est une marionnette (ce qui est une remarque extrêmement désobligeante à faire à cet homme dont la probité n’est plus à démontrer), ce n’est sûrement pas nous qui tirons les ficelles.

  4. « J’ai regardé votre site, et sans vous commander, je vous donne un conseil : suivez leur chemin ».
    Il a voulu dire quoi par là ? Rachetez-vous une conduite, dégagez les photos de Pangolin et arrêtez-de tutoyer le lectorat ???

  5. Imaginez si Ubi-Soft sortait demain un Assassin’s Creed ou un Prince of Persia sans la fin ? Impensable !

    L’exemple est quand même bien mal choisi. Entre une série qui s’éternise au niveau scénario et l’autre avec un fin fourni en DLC.

    Je connais pas du tout ce monsieur (j’ai pas twitter) mais on dirait un fake !

  6. Lecture intéressante dans son ensemble mais :
     » Total Annihilation, un FPS » ?! Diantre

    Certes c’est un détail vu la densité de l’entretien mais quand même ^^

  7. Ça touche à ma nostalgie, celui ci

  8. Merci de donner l’occasion à cette personne de s’exprimer, cela me permettra à l’avenir de ne pas perdre de temps à vouloir lire ses « analyses » (sans compter que contempler un dinosaure se débattre dans une mare de goudron est un spectacle rare)…

    Est-il vraiment sérieux au sujet de Kickstarter ? Pour reprendre ses arguments vaseux:

    1- Le business model de KS est très simple. Ils prennent simplement un pourcentage sur les projets qui bouclent leur financement. Difficile de faire plus simple. Et vu les millions de dollars brassés, je pense que financer leur site internet ne doit pas leur poser de problème…

    2- Faux. Il y a bien sûr des cas particuliers, comme des projets qui reviennent une ou plusieurs fois mais, pour l’essentiel, ce ne sont pas tant des jeux qui « n’ont pas retenu l’attention du public » que des jeux qui n’ont pas retenu l’attention des éditeurs. Et je vois mal comment permettre leur financement en direct par les fans constitue un danger pour l’industrie du jeu vidéo, à moins bien sûr qu’il ne craigne que le financement direct ne vienne empiéter sur les plates bandes des grands éditeurs (mais très franchement, je n’en ait rien à cirer, c’est leur problème pas le mien, ils n’ont qu’à financer des jeux qui m’intéressent).

    3- Les « échos négatifs », les backers s’en battent des roubignoles, ils financent des jeux qui leur plaisent à EUX, pas celui qui plaira à Mme Michu. FTL délivre exactement ce qu’il s’était promis de délivrer. Et il faut vraiment ne pas avoir touché au jeu pour le qualifier de « simulation de fusée », peut-être le confond t-il avec Kerbal space Program ?

  9. « Powered Gas Games, le créateur de Total Annihilation, un FPS que j’affectionne » ?! Euh … RTS plutôt non ?

  10. powermugen 12/06/2013 Répondre

    non non DC a raison, c’est un FPS :

    un jeu Franchement Potable de Stratégie

    bisous

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