Kentucky Route Zero : l’aventure sur ses grands chevaux

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C’est cool d’être bizarre. Tellement cool que je soupçonnerais presque les développeurs de Kentucky Route Zero d’avoir fait exprès de raconter l’histoire la plus étrange possible juste pour se faire remarquer.

Visiblement, ça a fonctionné, vu qu’il s’est vu propulser finaliste de la moitié des catégories du prochain Independent Games Festival. Voici donc l’histoire d’un antiquaire censé effectuer une livraison à une adresse qui n’existe pas. Plutôt que de s’acheter un GPS ou de prendre le taxi comme tout le monde, le pauvre bougre décide de s’arrêter pour demander son chemin dans une station service, première étape d’une véritable quête initiatique qui le fera rencontrer les cousines Marquez, traverser une vieille mine désaffectée, et tenter de réparer une télé ayant l’air d’ouvrir un passage vers une autre dimension. Dit comme ça, ça a l’air débile, mais ça ne l’est pas du tout. C’est plutôt absurdement poétique, voire vaguement lynchien.

J’en mettrais pas ma main à couper, mais je crois que KRZ, son antiquaire et sa réparatrice TV obsédée par les archives essayent de nous dire quelque chose sur la mémoire, le souvenir, le passé, ce genre de choses. On a tout à fait le droit de trouver ça arty, voire un tantinet vain.

Si vous avez suivi le financement du jeu sur Kickstarter, vous serez sans doute soulagé de constater que KRZ a abandonné son affreux design cartoon pour un style qui évoque davantage un Sword & Sworcery qui aurait troqué ses pixels pour des clairs-obscurs à la Limbo. En fait, disons le cash : c’est très beau. Même la carte générale, qui rappelle la vieille île de Monkey Island, est foutrement stylisée. D’autant qu’on peut se balader librement le long de ses routes, jamais à l’abri de tomber sur une des scènes gentiment barrées que je vous laisse le soin de découvrir. Remarquez, je risque pas de vous spoiler à coups de screenshots, puisque la plupart de ces « quêtes secondaires » se déroulent intégralement en mode texte, à l’ancienne, montrant encore moins pour vous laisser imaginer davantage. On est alors dans l’abstraction pure, navigant dans un truc foutraque qui ne fait pas grand sens mais qui ne cesse d’intriguer.

Ce carrefour est la seule occasion que KRZ nous laisse de nous écarter du chemin tout tracé. Mais c’est pour mieux nous remettre ensuite sur des rails.

S’amuser à perdre le joueur, c’est d’ailleurs un grand truc des développeurs de Kentucky Route Zero. Pour preuve, les dialogues, qui alternent régulièrement les points de vue. On se retrouve parfois à choisir les répliques d’un autre personnage que celui qu’on dirige, jusqu’à faire les questions et les réponses. Des réponses qui seront d’ailleurs de la première importance, ou du moins, qui voudraient le faire croire. Un peu comme dans The Walking Dead, ce sont vos dialogues plus que vos actions qui vont influencer votre personnage, lui conférant peu à peu une profondeur, une personnalité. Même si ça ne changera rien au scénario. D’ailleurs, comme The Walking Dead, KRZ ne vaut que pour ce qu’on y investit. C’est à dire, en l’état, pas grand-chose, puisque l’aventure ne fait que commencer : ce premier chapitre est court, mais il en reste encore quatre pour essayer de comprendre où les développeurs veulent en venir. Pour l’instant plus intrigante que véritablement passionnante, l’expérience vaut tout de même déjà le détour, ne serait-ce que pour son sublime parti pris graphique, son ambiance envoûtante et son audace formelle.

Notre brave antiquaire, qui se demande ce qu’il fout là.

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Walou

Né d'un père ostréiculteur en baie de Saint-Brieuc et d'une mère capable de finir Super Mario Bros 3, Walou s'est échappé des geôles de Ouest-France pour échouer dans celles de la presse jeu vidéo. Il découvre les blogs en 2012, et projette de partir à l'assaut de MySpace d'ici 2078.

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8 commentaires

  1. Les développeurs de KRZ ont annoncé que le jeu sortira tout au long de l’année sur cinq chapitres. Contrairement aux développeurs de The Walking Dead, bien plus nombreux, je ne leur en voudrai pas s’ils nous font poiroter un peu entre chaque épisodes puisqu’ils ne sont que deux je crois. On peut donc imaginer que le jeu entier est loin d’être terminé. Aussi je me demande comment KRZ peut se retrouver finaliste de la section « Excellence in Narrative » à l’IGF 2013 si le développement du jeu n’est pas même achevé. Et si le jeu est fini, pourquoi les développeurs nous étalent les chapitres sur une année entière… je trouve pas ça spécialement très vendeur.

    Je vous avoue que quelque part je me contrefous pas mal des manières et du fonctionnement de l’IGF. Mais bon, ça me paraît assez étrange.
    Ce festoche est un habitué des coups fourrés en même temps. S’il n’y en avait cette année, je me serais presque inquiété… ^^

    Bise.

  2. @Phulos
    « 9 femmes ne font pas un enfant en 1 mois ». Le nombre de développeurs est une variable qui peut influer contre-intuitivement sur les dates de sortie d’un logiciel, à fortiori un jeu.

  3. Ca rappelle fort Another World.

  4. @Foobar :

    Tu as totalement raison. ^^ Reste que pour présenter un troll ou introduire une diffamation, il vaut mieux savoir prendre des raccourcis : c’est bien pratique et surtout très rigolo !

    Je ne trouve pas le reste de mon premier post plus con que ça par contre. J’aimerais être assuré que le projet KRZ sera bien achevé au moment des délibérations en mars et jouable dans son intégralité pour être jugé sur l’ensemble des procédés narratifs qui construisent son scénario et son gameplay. Car si neuf femmes ne font pas un enfant en un mois, j’ose espérer que s’il y en a ne serait-ce qu’une seule dans le jury Nobel, bien qu’alitée depuis des mois sur les conseils de son médecin, perdue dans ses sentiments et ses goûts à cause de l’ennui et du fourmillement d’hormones, elle ne filera jamais le prix littéraire à un auteur à la lecture d’un simple quart de bouquin !

    J’écris n’importe quoi, désolé. Mais d’une part je me fais chier comme un rat mort à l’heure qu’il est (je bosse et il n’y a personne), ensuite je me sens bien sur ZQSD.fr et pour finir je voue un culte à la critique facile des festivals qui se proclament indépendants mais qui ne le seront jamais. ^^

    Allez, Re-bise !

    • Walou Author

      L’IGF a déjà récompensé tellement de projets sur la foi d’une simple démo technique… Pour une fois qu’ils peuvent voir 20% d’un jeu, on devrait presque s’estimer heureux!

  5. Ca n’a aucun rapport avec cet article, mais il faut quand même le dire :
    Félicitation à Eddie Walou dont l’un de ses tweets à été publié dans le 20 Minutes du mardi 22 janvier 2013 (n°2394)

    Et continuez à nous régaler d’article. :)

    • Walou Author

      C’est fou! J’espère bientôt être repris dans le Monde, voire, on peut rêver, dans Picsou Magazine.

  6. « C’est à dire, en l’état, pas grand-chose, puisque l’aventure ne fait que ne fait que commencer : »

    ne fait que x2 ! ;)

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