Max Payne 3, la leçon de piano

Il était bien Max. Tranquille, défoncé, déchiré, dérivant dans son New-York de pacotille, le long des cauchemars hérités de deux épisodes qui essayaient tellement fort de reproduire les clichés les plus éculés du film noir qu’ils en étaient touchants et un rien cartoonesques.

Ouais : il était bien, Max. Et puis Rockstar est arrivé pour le sortir de sa torpeur. En pleine gueule de bois, le voilà propulsé dans un São Paulo d’une dureté très tangible. Comme tous les héros de tragédie façon Rockstar, c’est un pauvre type à qui le monde tombe sur la gueule. Mais pas seulement. C’est aussi et surtout un double imbibé de Roger Rabbit, un personnage de fiction qui déboule malgré lui dans un univers trop concret pour lui. Un mec d’autant plus paumé dans sa vie qu’il n’est pas de ce monde. Après avoir perdu son taf, sa femme, sa fille, voilà qu’il se perd lui-même. C’est ballot.

Max fait une pause.

Mais il y a ce piano.

Mais il y a ce piano. Un piano grâce auquel, tel quelque déménageur breton et néanmoins maladroit, il va soigneusement faire péter un mur : en l’occurrence, le quatrième, celui qui sépare l’acteur du spectateur. Ce mur qui lui interdisait d’adresser un clin d’oeil (ou un appel à l’aide) au joueur. Ce mur entre réalité et fiction qui faisait que Max n’était pas tout à fait Max. Écorché, blessé, méconnaissable, Max s’arrête, un peu avant la fin du jeu, pour jouer quelques notes sur ce vieux piano aussi balafré que lui. Ces notes, c’est le thème du jeu. Il flottait à la lisière de sa conscience depuis le début de l’aventure mais lui échappait encore comme, au matin d’une nuit compliquée, nous échappent les bribes d’un mauvais rêve. A ce moment-là, quand il pianote ce thème, Max renoue avec son cartoon intérieur. De personne meurtri, vulnérable parce que vrai, il redevient le Max invincible qui hantait New-York du temps de Remedy. Il se sent, et le dit lui-même, enfin en « harmonie ». Après ces quelques secondes en suspension qui lui ont permis d’entrapercevoir de nouveau le jeu vidéo derrière la terrible réalité des favelas, le réveil n’est que plus cruel. Mais Max, lui, est plus déterminé que jamais à en finir. Pour pouvoir retourner dériver, une fois pour toutes, dans le néant où les héros de jeu oublient leurs blessures.

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Né d'un père ostréiculteur en baie de Saint-Brieuc et d'une mère capable de finir Super Mario Bros 3, Walou s'est échappé des geôles de Ouest-France pour échouer dans celles de la presse jeu vidéo. Il découvre les blogs en 2012, et projette de partir à l'assaut de MySpace d'ici 2078.

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7 commentaires

  1. Guillaume 21/12/2012 Répondre

    Magnifique article.

    Toute la série Max Payne m’a vraiment marquée. Et contrairement à ce que beaucoup disent sur le net, Rockstar n’a pas du tout dénaturé le jeu en basant l’histoire à Sao Paulo, bien au contraire.

  2. Merde c’est un excellent article

  3. Pour moi Max Payne 3 est la conclusion idéale pour cette série. Je le considère en tout cas comme le meilleur jeu de 2012.
    Mais cette séquence au piano est également présente dès le début du jeu, dans la toute première mission (il s’agit d’un indice caché dans la première pièce dans laquelle on rentre) où Max tapote quelques notes sur un piano. On entend également les notes du thème.

    • Walou Author

      Tout à fait. Il tente aussi de le retrouver à bord du yacht à Panama. Mais en vain. Ce n’est que dans la scène quasi-finale qu’il arrive enfin à le jouer en entier. Comme je le disais, le thème « flottait à la lisière de sa conscience depuis le début de l’aventure mais lui échappait encore ».

  4. Savonfou

    Je ne sais pas si cela a un rapport, mais dans Max Payne 2, il y a une scène au piano, sauf que ce sont deux sbires de Vladimir Lem qui jouent un air dessus.

  5. Désolé les gars, mais moi j’ai pas du tout aimé. Je l’ai fini et revendu en me demandant encore comment le décor a pu survivre à toutes les explosions que je lui ai fait subir. L’ambiance, l’ambiance, certes. Mais niveau scénaristique, il souffre cruellement de la comparaison avec Uncharted.

  6. Ce jeu est géniale, j’ai vraiment pris du plaisir.
    C’est jolie, le scénario est pas mal et le héro totalement retournait du début à la fin.
    La scène du rasage étant pour moi le moment d’apothéose ou finalement Max se reprend presque en main !

    La bande de son est top.

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