Suzanne : l’article qu’on avait oublié

Suzanne fuit, puis regrette, puis fuit encore plus loin, mais n’en regrette que plus fort.

Un mélange fascinant d'épopée romantique et de réalisme social.

Un mélange fascinant d’épopée romantique et de réalisme social.

La première fois, ça lui coûtera une engueulade de son père, la deuxième, c’est un bébé qui pointe le bout de son nez alors qu’elle n’a pas encore quitter ses Kickers, la troisième fois…

Bha….

Vous le découvrirez vous même, j’en ai marre de me faire traiter de nazi.

Revenons à Suzanne, la fabuleuse Sara Forestier, puisse son visage refuser obstinément de vieillir. Que fuit-elle donc ? Son père ? Un François Damiens, méconnaissable en mode « les routier sont sous Temesta », une masse de chagrin et de tendresse contenue dans une carcasse imposante et brisée. Sa sœur ? Maria (Adèle Haenel, une belle découverte en ce qui me concerne) qui assume le rôle d’amortisseur à toutes les tensions familiales depuis qu’elles ont l’âge de mentir ?

Non ce n’est pas eux qu’elle fuit, d’ailleurs Suzanne ne fuit pas. Les gens qui fuient regardent toujours derrière eux. Elle s’est juste persuadée qu’elle pouvait propulser sa vie à la seule force de ses coups de sang.

A vous je peux le dire, ce gars là m'énervait au début du film, mais c'était avant que je ne découvre à quel point il jouait bien

A vous je peux le dire, ce gars là m’énervait au début du film, mais c’était avant que je ne découvre à quel point il jouait bien.

Et d’ailleurs comment lui en vouloir ? Dans la caméra de Quillévéré, le décor est verrouillé dans cette indéfinissable province du sud de la France, où l’on n’a guère d’autre choix que de céder à la reproduction sociale ou de faire des grosses conneries pour tenter, en vain, d’échapper à l’apesanteur. Les deux frangines illustrent chacune de ces deux options. Suzanne cède à ses pulsions pendant que Maria besogne dans une entreprise textile.


Pierre Bourdieu approves that shit

Katell Quillévéré nous avait laissés en 2010 au milieux des errements mystiques estivaux d’un Poison Violent, un métrage qui cachait mal la délicatesse de ses personnage derrière la brutalité de son titre. Suzanne pour sa part est un cas d’école : le deuxième film rêvé après un premier succès critique. La presse avait tressé des lauriers à Un Poison Violent, mais pour cette cinéaste-là, les lauriers sont des orties impropres au repos. Elle a donc opéré une remise à plat de sa grammaire, de son montage et de son propos.

Suzanne est parcourue de spasmes, et manie l’ellipse avec une rare justesse, comme pour rappeler en permanence que la route défile trop vite sous les pieds de Suzanne qui consume sa vie en brusques coups d’accélérateurs. Même pas le temps de sortir de l’adolescence qu’un petit bout de chou, Charlie, pointe le bout de son nez. Une brusque pression sur la poignée de gaz, le petit Charlie a deux ans, on pourrait croire Suzanne rangée des poids-lourds quand survient Vincent, jeune marginal peu bavard et grand amateur de courses de chevaux, en route pour le grand banditisme.

De femme-enfant à fille-mère, et inversement, une vie qui passe décidément trop vite

De femme-enfant à fille-mère, et inversement, la vie passe décidément trop vite.

Le braquage qui mène Suzanne au tribunal, la bagarre judiciaire qui conduit Charlie en famille d’accueil, ou encore les trafics louches de Vincent, tout cela est chirurgicalement évacué hors-cadre. Le film ne se pose que le temps de traiter les conséquences, les épreuves et les réconciliations exprimées sans pathos, par la triste justesse d’un regard ou d’une banalité anxieuse échangée autour d’un café froid. Nul doute que Vincent n’est pas blanc-bleu dans cette histoire, mais tout ce que retiendra le spectateur, ce sont ses yeux à la seconde où il réalise qu’il ne reverra plus jamais sa femme et son enfant.

Suzanne est une œuvre sur les liens filiaux, les vrais, ceux qui résistent au pires saloperies. Le père aimera sa fille quoi qu’elle fasse. Le fils reviendra vers sa mère, quand bien même il ne la verra que tous les cinq ans quand le temps et les horaires du parloir le permettront.

Un film fort et puissant que le monde entier devrait voir, sauf Force Rose dont il briserait irrémédiablement le petit cœur fragile.

pangolin_5

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Savonfou

Savonfou

Ayant beaucoup pleuré la mort du magazine, Savonfou s’embarque pour l’aventure ZQSD pour deux raisons. La première étant qu’il faut au moins un Parisien au milieu de ce ramassis de bouseux illettrés. Quant à la deuxième, on ne va pas se mentir : gratter des articles sur le jeu vidéo, c’est comme donner des coups de chaise de bar à Walou : on a beau dire au juge qu’on ne recommencera pas, on sait très bien qu’on reviendra y mettre un p’tit coup.

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