Tales of the Abyss : Luke, ce bel enfoiré

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De tout temps, les hommes se sont demandés si jouer aux RPG japonais était raisonnable. Moi même, la semaine dernière, je me suis posé cette question existentiallo-philosophique. C’était en terminant Tales of the Abyss, énième épisode d’une série réputée, quoique dans l’ombre de Final Fantasy.

Est-ce que cela valait le coup ? Ai-je eu raison de passer quarante heures de ma vie le nez collé à ma 3DS ? N’aurais-je pas mieux fait de m’adonner à d’autres loisirs plus spirituels comme chanter « et quand il pète, il troue son slip » en matant Direct 8 ? C’est bien possible… Mais puisque je suis allé au bout de ce jeu interminable, autant tenter d’en extraire quelque chose et d’en coucher la substantifique moelle sur papier.

Tales of the Abyss (ToA) est donc sorti l’an dernier sur 3DS et il y a plus de sept ans sur PS2 au Japon. Beaucoup plus convenue et monolithique que la série Final Fantasy, la saga des Tales of répète inlassablement la même formule, épisode après épisode. Les combats sont toujours en semi temps-réel, très bourrins, avec quelques combos et sorts rudimentaires à placer en fonction des PM à disposition. Et l’on suit toujours les aventures épiques d’une troupe bigarrée de personnages recroquevillés derrière un leader.

Après le génial Lloyd (Tales of Symphonia) ou le tourmenté Yuri (Tales of Vesperia), le protagoniste de ToA s’appelle Luke. Si je vous raconte ça, c’est parce que ce personnage est probablement la seule chose que je vais retenir du jeu dans les mois et années à venir. Non pas qu’il soit inoubliable, charismatique, mignon, drôle ou que sais-je encore. Non, ce qui le rend intéressant d’un strict point de vue analytique, c’est qu’il est absolument détestable, du moins dans les 10-15 premières heures du jeu.

L'infâme Luke von Fabre

L’infâme Luke von Fabre

Entendons-nous bien, je parle bien ici d’une authentique antipathie. Pas d’une aversion involontaire (mais compréhensible), comme celle ressentie vis-à-vis de ce gros beauf vulgaire de Duke Nukem et de ses punchlines ringardes. Je ne parle pas non plus de la relation trouble que l’on entretient avec ces héros crapuleux mais transpirant la classe, comme Kratos (God of War), Kaïm (Drakengard) ou Kain (Legacy of Kain). Non, le Luke de ToA est une véritable ordure que le jeu nous incite sciemment à honnir. Pour planter le décor, sachez qu’il s’agit d’un petit nobliau merdeux d’une vingtaine d’années qui méprise le monde, insulte ses camarades, se montre égoïste et asocial en toutes circonstances. Naïf par dessus le marché, Luke suit les préceptes uniques de son maître d’armes et de pensée, quand bien même ce dernier se révèle manipulateur au possible.

A mon sens et dans les limites de mes connaissances vidéoludiques, j’ai en fait l’impression que ToA propose un deal inédit et surtout très casse-gueule. Celui de nous imposer un héros qu’on ne peut pas piffrer, un personnage qui nous insupporte tellement que l’on songe parfois à abandonner l’aventure en cours de route. Personnellement, j’ai failli saturer plus d’une fois, après une nouvelle série de répliques odieuses ou de décisions exécrables. C’est vrai quoi ! La question se pose. Comment s’intéresser à une histoire quand le protagoniste principal nous file des ulcères ?

La caution kawai est assurée par Mieu et ses grandes oreilles très expressives

La caution kawai est assurée par Mieu et ses grandes oreilles très expressives

Mais c’est justement au moment où l’on sature que le jeu bascule complètement, au sortir d’une séquence dramatique sous forme d’électrochoc pour le héros. A partir de là, la tendance s’inverse radicalement puisque ce connard de Luke rentre dans le rang pour devenir un personnage lisse, banal, presque transparent. En cherchant la rédemption, il perd pour ainsi dire cette fameuse méchanceté qui le rendait unique. Pour y avoir réfléchi un peu, sur la N4 entre Troyes et Paris, je dois bien avouer que le jeu accouche finalement d’un paradoxe assez fascinant.

Pendant un tiers du jeu, on incarne un petit salopard odieux, ce qui s’avère à la fois original et insoutenable. Par la suite, tout rentre dans l’ordre. On redécouvre, non sans un certain confort, l’archétype du héros lambda comme le RPG japonais en produit à la chaîne : le cœur sur la main, candide, courageux et méchamment puceau. Et au final, qu’est ce que j’ai préféré ? Souffrir dans l’inédit ou me lover dans un train-train suranné ? C’est très compliqué pour moi d’y répondre. D’ailleurs j’en suis incapable à l’heure actuelle. Et comme je ne crois pas qu’un psy soit d’une grande aide en l’occurrence, je vais me contenter de remercier Jean-Golin, lui qui m’a laissé déverser mes interrogations en sa demeure.

Ah oui, sinon, à part ça, Tales of the Abyss est bien trop long, parfois chiant, mais le personnage de Tear est tellement craquant que ça vaut bien un 15/20.

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Deez

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Comme Jules Ferry ou Laurent Mariotte avant lui, le Deez est né dans les Vosges. Il a ensuite migré vers Paris pour y fabriquer son nid, à base de vieux magazines de jeux vidéo et de miettes de chips. « Pervers mais sympa » selon ses proches, le Deez aime avant tout le sport (à la télé), la tartiflette et le cinéma de Tarantino.

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4 commentaires

  1. Citizen Erased 29/05/2013 Répondre

    ‘tain de merde… ça me rappelle qu’il faudrait p’tet que je le finisse un jour. Ça fait six mois que je suis dessus. J’en suis à 28h de jeu et j’ai l’impression que j’ai à peine fait la moitié.

    Et y’a Kingdom Hearts qui m’attend derrière, que j’ai acheté en même temps et toujours pas commencé x)

  2. Citizen Erased => Perso je suis à 36 heures de jeu sur la version américaine PS2, j’y ai plus joué depuis genre 6 années (et ouais, ça ne me rajeunit pas), mais j’ai toujours l’intention de le terminer. Un pote a proposé de me le prêter sur 3DS, mais j’aurais jamais le courage de le refaire en entier, y avait quelques donjons bien casse-bonbons. Mais je jure de le terminer cet été, le jeu m’a fait très bonne impression.

    Sinon pour l’article, c’est sympa de voir un article sur ce jeu, et j’ai aussi trouvé intéressant l’évolution du perso, même s’il est vraiment dommage que le héros devienne « trop » lisse en deuxième partie. M’enfin heureusement, j’ai l’impression que les Tales of offrent quelque chose de différent par rapport aux autres JRPG depuis quelques épisodes. Par exemple le cheminement du héros de Graces F est le même que celui de Abyss => Un connard qui devient gentil, ou alors dans une moindre mesure Yuri Lowell de Vesperia, un personnage un peu plus intéressant que les héros d’un Star Ocean pour ne citer que lui.

  3. Le « De tous temps les hommes… » vaut à lui seul le fait que tu nous gratifies de ce test.

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