The Cave : Monkey parade

Nous parlons bien d'une caverne, pas d'une cave d'immeuble.

Soyons clairs : nous parlons bien d’une caverne, pas d’une cave d’immeuble.

Sur le web, à la piscine, chez le boulanger ou dans les clubs SM, j’entendais toujours parler de Ron Gilbert au passé. A croire que comme le Christ ou David Lynch, le monsieur était déjà mort*. Comme sorti d’outre-tombe, il revient avec l’inquiétant The Cave.

Pour voir son nom inscrit en lettres de feu au panthéon des grands de ce monde, faire un truc génial ne suffit pas, ou du moins trop rarement. Comme le facteur, il faut passer deux fois sans quoi, votre génie fugace se verra crédité sur le compte de la chance. Pire ! Le monde jaloux, vous montrant de son gros doigt sale, pourrait vous traiter de paresseux. C’est d’ailleurs parce qu’ils n’ont pas respecté la règle du « toujours deux fois » que Choderlos de Laclos ou de l’inventeur de la roue ne recueillent aujourd’hui qu’une notoriété toute mitigée.

Après Monkey Island, qui accuse quand même ses 23 ans, Ron Gilbert portait cette étiquette peu flatteuse « d’homme d’un jeu », collée à son front par l’ingrate foule des joueurs qui n’avait rien de mieux à faire. Sur The Cave le monsieur est à nouveau seul maître à bord, et coupons court au suspense : vous ne pouvez pas passer à côté. S’il n’aura pas l’aura d’un Monkey Island, Ron Gilbert y déploie un univers fou, riche, poétique et noir… M’enfin là, je mets la charrue avant la ferme.

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L’ermite, un autre grand classique !

The Cave donc ! Sept personnages attendent devant l’entrée d’une caverne dans laquelle ils vont se ruer pour déjouer une myriade de pièges et résoudre tout un tas d’énigmes ; c’est presque du Maniac Mansion dans le texte. Comme dans l’ancêtre Lost Vikings vous aurez à gérer trois personnages aux pouvoirs divers (invincibilité, télékinésie, dédoublement etc…). De loin, ce petit soft a tout l’air d’un jeu de plateforme/aventure. Mais à bien y regarder, seul compte le second aspect. En effet, la mort n’a que peu d’importance puisque l’on respawne aussitôt décédé, et, de toute façon, les sauts sont plus ou moins inratables. Oubliez Super Meat Boy : l’intérêt de The Cave ne repose pas sur votre skill.

Au contraire, The Cave nous raconte l’histoire d’un casting hétéroclite de sept personnages, tous dévorés par autant de désirs : le chevalier rêve d’une épée qui prouverait sa bravoure, le moine lui, aimerait être reconnu comme un authentique maître zen, alors que l’archéologue est juste là pour satisfaire sa cupidité, rechignant à partager ses découvertes avec son expédition… Tous courent ainsi après leurs chimères. A l’heure où les scénarios de jeu se résument plus ou moins à « cramons un pays pour venger Steve et rentrons cajoler nos vaches texanes », Ron Gilbert arrive avec une fable noire sur ce que l’homme est prêt à sacrifier pour satisfaire ses désirs.

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Nous sommes toujours dans une caverne, bien entendu.

Plus qu’une fable d’ailleurs, parlons de contes. Sept contes pour être précis, un par personnage. Partant de là, rien n’a de logique dans la caverne. Y trouver châteaux, boutiques de souvenirs, îles tropicales ou des distributeurs de grog n’aura rien de surprenant. Le ciel aussi débarque souvent à l’improviste, vous laissant croire que vous êtes finalement sortis de la Cave… alors qu’en fait non. D’ailleurs la narration prend tellement d’importance ici que le reste semble avoir été délaissé.

Sur bien des points, Double Fine fait en effet le minimum. Déjà, c’est mignon sans être beau. Ensuite, vu que l’écran ne splitte pas, c’est multi sans être follement fun. Et enfin, déplorons que les pouvoirs ne soient pas complémentaires ; quand un personnage est à l’honneur, ses compagnons se voient relégués au rang de seconds couteaux « pousse-leviers ».

Ah! Le distributeur de grog de l'île de Mêlée!

Ah! Le distributeur de grog de l’île de Mêlée!

Bref, le dernier Ron Gilbert est loin d’être irréprochable, et pourtant ! Malgré ces défauts, The Cave dégage immédiatement un petit quelque chose de sympathique, de bien fichu. Puis les heures passent, et en abordant joyeusement des histoires tragiques saupoudrées ça et là d’un humour plus noir que Dark Vador, on se rend compte qu’en fait, The Cave est un jeu d’aventure exceptionnel, et même, plus généralement, un jeu comme on en voit trop peu. Il ne fera pas l’unanimité (amateur de Call of Duty, je pense à toi), mais si vous aimez un tant soit peu l’univers de Tim Burton à l’époque où il n’était pas gâteux, le temps de quelques heures, The Cave va raviver votre âme d’enfant plus sûrement qu’une barbe à papa à la foire du Trône.

*David si tu me lis pardonne-moi ou fouette-moi. Les deux si tu veux.

De joyeuses rencontres !

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Lucky fut son nom de baptême joystickien jusqu'à ce que Dame Chance ne le foute sur le trottoir par caprice. Depuis revenu à l'état sauvage, le Hoopy arpente l'internet et les bars dans l'attente de ce jour pas si lointain où, enfin, les boeufs guerriers prendront le contrôle de la planète.

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7 commentaires

  1. Mais David EST inscrit en lettres de feu au panthéon des grands de ce monde. DONC il est immmortel. cqfd. Peut-être que je te fouetterai en te pardonnant. Ou l’inverse… en attendant de pouvoir tester « la Cave »

  2. Vous avez réussi à me faire envie avec cet article.
    Je prends note, en attendant de finir les remake de Monkey Island 1 et 2.

  3. Force Rose
    Force Rose 30/01/2013 Répondre

    Ron Gilbert, homme d’un seul jeu… et Deathspank alors ? L’incroyable épopée du chevalier au String fabuleux, comment l’oublier ?

    • Hoopy Author

      Maniac Mansion et Deathspank ont été co-créés par lui ! Monkey et The Cave sont SES jeux. Mais ouais je joue sur les mots !

  4. J’ai commencé le jeu et j’ai trouvé ça un peu mou, mais tu m’as donné envie de m’accrocher aux rideaux.

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  1. […] Et enfin les gamers de chez ZQSD te propose le test du jeu The Cave : Monkey parade […]

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