The Walking Dead Saison 3

La densité d’une œuvre pourrait se mesurer à son talent à se décliner sous plusieurs formes. À ce titre, The Walking Dead s’impose comme une des expériences cross-media les plus abouties, car elle révèle le potentiel unique de chacune de ses plateformes d’accueil. Mais si le jeu vidéo a fait l’unanimité, rien ne semblait gagner pour son adaptation TV.

Une première saison conspuée (et assez médiocre, il est vrai) par les fans pour ses libertés scénaristiques face au monument d’Adlard & Kirkman, un casting bancal et peu charismatique, des échos post-mortem inquiétants (défections de certains scénaristiques et du réalisateur producteur Jan de Bont, en désaccord avec l’orientation de la série), la série TV puait l’accident industriel à plein nez. Pour ne rien arranger, la deuxième saison, beaucoup plus lente et plus romancée, a cristallisé les positions de chacun. Ceux qui n’aimaient pas beaucoup détestèrent l’orientation soap de l’histoire, les autres (comme votre serviteur) furent séduits par cette indépendance romanesque, enfin débarrassée du fardeau de fidélité envers la bible à phylactères. Le comics, avec son minimalisme graphique et sa force suggestive, est une déflagration émotionnelle indépassable, il faut admettre l’évidence. Le jeu vidéo offre le choix et la liberté (relative) d’incarner un personnage. La série n’a ni l’un ni l’autre. Que lui reste-t-il ? Le luxe de prendre son temps sur plusieurs heures, de vivre au présent, donner corps et relief au quotidien de cette Humanité face à son extinction imminente. En cela, la saison 2 se posait admirablement comme saison de transition, pour éprouver les personnages au jour le jour, vivre avec leurs (nombreux) défauts et leurs (rares) qualités. En se réfugiant dans la ferme d’Hershel, le groupe choisissaient un décor isolé de tout, une sorte de bulle pastorale, donnant à la série des airs de western endormi, parfois mou du genou, mais terriblement existentiel. Dans ce fantasme de paradis exilé, chacun se réinventait sa conception du couple, de la famille, du clan, de la société. Bientôt, le monde cannibale, et toute sa violence apocalyptique, allait briser la clôture de cette paix intérieure, pour ouvrir sur un troisième chapitre, celui du retour à la fuite, encore et toujours. Quoique…

Difficile de parler d’une saison qui n’est toujours pas terminée. D’autant que Walking Dead, après huit épisodes diffusés, vient de se mettre en pause pour deux mois (reprise en février). Mais une chose de certaine : cette saison 3 s’impose déjà comme la meilleure de toutes, et saura même rallier les anciens déçus. Il y a une logique première : on attaque enfin le chapitre « prison » du comics, morceau de bravoure à haute teneur en misanthropie gore. Moins de soap, plus de larmes. Mais pas uniquement. Ce qui est vraiment magnifique, ce n’est pas la violence et l’amertume qui teinte ces nouveaux épisodes, mais leur refus d’une complaisance dans un désespoir crasseux (et il y avait pourtant matière). Mais aussi de retrouver les personnages qui, après une ellipse de plusieurs mois, apparaissent transfigurés par leur odyssée. Certains sont méconnaissables (Rick, Hershel, Carl), d’autres moins tartes, ce qui relève en soi de l’exploit. En plus de faire table rase du passé, ce changement a le don de renouveler l’intrigue, faire évoluer les personnages vers une autre forme de rôles, plus complexe. Faire du neuf avec du même, en gros, soit la définition fondamentale d’une bonne série TV. Son premier chapitre symbolisait la découverte et les balbutiements d’une communauté, le deuxième l’apprentissage et l’espoir du vivre ensemble. Le troisième nous parle déjà du doute et de la désillusion.

Finalement, The Walking Dead n’est rien d’autre qu’un conte initiatique face à la survie existentielle : quelle part d’humanité sauvegarder/sacrifier quand l’Humanité n’a plus de sens ? Question ô combien plombante, mais tellement juste.

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Ianoo

Ianoo

Élevé aux vapeurs de l’alambic à mirabelle, le Ianoo est né en terres lorraines. Ce n’est pas de sa faute. Pour pallier à son asocialité naturelle, prière de le gaver constamment d’images, de toutes natures. Si vous l’entendez hululer un soir sur la schizophrénie post-moderniste dans Serious Sam, aucune crainte : c’est sa façon à lui de dire qu’il vous aime bien.

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4 commentaires

  1. Savonfou

    Entre ce papier et celui de walou, le premier jour de ZQSD sent la pourriture et la mort.

  2. GingerForce 22/12/2012 Répondre

    J’ai lu le comic et ai vu tous les épisodes de la série ; ce n’est pas plus mal qu’elles divergent. Le spectateur qui a lu le comic ressent de la tension et ne sait pas à quoi s’attendre, ce qui aurait été impossible avec une adaptation fidèle. Et puis on n’aurait pas eu droit au personnage de Daryl Dixon…

  3. C’est marrant la démo du jeu ne m’a pas convaincue (certainement parce que c’est pas un jeu où je peux faire ma « warrior » comme je voudrais) alors que j’ai dévoré la BD et que je m’éclate devant la série TV. Avec le recule, faudra que je réessaye, qui sait…

  4. Perso j’avais vraiment trouvé la saison 2 médiocre. Comme j’aime les zombis, j’ai continué sur cette saison 3 et, finalement, elle n’est pas si mauvaise ! En tout cas j’attends la suite sans me dire : « mais bordel quels sont les pires choix de survie que les persos vont encore faire ? ».

    Mais bon, l’esprit est trop Américain, trop orienté WE LOVE GUNS, DEAL WITH IT. Pour nous, européens, difficile de voir que tout tourne autour de ça, et de l’apprentissage/éducation par les armes à feu.

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