Zeno Clash II : le retour du Chilien

87

C’est quoi le souci, avec Zeno Clash II ? Qu’est ce que ces braves Chiliens ont bien pu faire pour que leur jeu soit ainsi snobé ? En France, seul Gameblog en a parlé. Même les sites anglophones le passent discrètement sous silence, ou le gratifient de reviews d’une tiédeur telle qu’il aurait limite mieux valu ne rien en dire. Résultat, quatre jours après sa sortie, il a déjà disparu du Top 100 des meilleurs ventes sur Steam, alors que des étrons comme WarZ ou Spore y paradent encore crânement.

Je sais pas si son éditeur, Atlus, a sciemment tenté d’en saborder la sortie, ou si les journalistes JV ont voulu faire la preuve de leur manque de curiosité : quoi qu’il en soit, c’est réussi. Pourtant, Zeno Clash II est tout sauf un jeu quelconque. C’est même un des titres les plus originaux, les plus surprenants, les plus désarmants même, de ces derniers mois.

Ouais, y'a des flingues, mais on évitera de les utiliser. En revanche, on débloquera une paire d'items bien pratiques mais dont l'utilisation est tellement chelou que je vous serais gré de ne pas m'en demander davantage.

Oui, y a des flingues, pas très efficaces et aux munitions rares. En revanche, on débloquera une paire d’items bien pratiques mais dont l’utilisation est tellement chelou que je vous serais gré de ne pas m’en demander davantage.

Vous avez joué au premier Zeno Clash ? Pour resituer, il s’agissait d’un faux first person shooter (vu qu’on y shoote finalement très peu), et d’un vrai brawler. Une sorte de Double Dragon à la première personne, avec des commandes simples et directes. Un clic gauche plus ou moins prolongé pour envoyer une patate du gauche, idem pour le droit, la barre espace pour se protéger ou esquiver, et c’est tout.

Si on lui avait beaucoup reproché sa trop grande linéarité, tout le monde s’était accordé à vanter son univers complètement délirant, sorte de freak show alien qui avait plus à voir avec les surréalistes, l’art nouveau et les drogues récréatives qu’avec les saloperies médiévalo-futuriste qu’on nous sert partout ailleurs. C’était aussi courageux que court et répétitif, et on s’attendait à ce qu’un deuxième épisode plus maîtrisé vienne mettre tout le monde d’accord.

Des arbres qui font des bulles. Un œuf géant au loin. Une autruche débile qui vous surveille. LA DROGUE.

Des arbres qui font des bulles. Un œuf géant au loin. Une autruche improbable qui vous surveille. LA DROGUE.

Et donc, voilà Zeno Clash II. L’histoire déjà : l’affreux PèreMère sous les barreaux, tous les habitants de Halstedom se mettent à la recherche de leurs véritables parents, laissant le Golem placer la ville et le continent sous son joug. Ghat (c’est vous), s’apercevant qu’il n’a pas forcément gagné au change, libère son ancien ravisseur, et se met en quête de la vérité. Ou un truc approchant.

Bon, alors, ne faisons pas durer le suspens plus longtemps : NON, Zeno Clash II ne transcende pas la formule originale. En fait, c’est très précisément la même chose. Les mecs ont bien essayé de nous faire croire que l’univers était plus ouvert, et c’est vrai que quelques-unes des quinze et quelques zones font fugitivement penser aux balades d’un Morrowind. Pour le reste, et pour l’essentiel, ça reste du couloir déguisé, avec des barrières, des gravats ou des forêts inextricables en guise de garde-fou.

En fait, pour vous donner une idée, plutôt qu’aux Elder Scrolls, on pense à Zelda. Maintenant, c’est vrai que la progression est moins linéaire, que les différentes « quêtes » peuvent être faites plus ou moins dans l’ordre que l’on veut. Mais au final, c’est surtout un prétexte pour gagner du temps en nous faisant nous balader.

Zeno Clash 2, c'est aussi, il faut bien l'admettre, un level design de chie.

Zeno Clash 2, c’est aussi, il faut bien l’admettre, un level design de chie.

Je vais pas tenter de vous faire croire que c’est le jeu de l’année : ça ne l’est pas. Les combats sont redondants, pas aussi techniques qu’on pourrait l’espérer. Et quand on ne distribue pas les bourre-pifs, on multiplie les allers-retours. On a connu des FPS plus amusants, mais on a aussi connu Medal of Honor, donc estimons-nous heureux. Et puis, on s’en fout. La gigantesque réussite de Zeno Clash II, c’est, une fois encore, son univers.

Assez dérangeant dans le premier opus, il paraît ici plus maîtrisé, dompté presque. Et aussi, beaucoup plus attachant. Si les persos donnent toujours envie de vomir, on a presque envie, entre deux spasmes, de leur offrir un petit hug affectueux, comme pour les consoler de vivre dans un monde aussi absurde et cruel. Un monde qui se développe, qui se densifie, qui a une histoire, délibérément niée par les personnages (c’est d’ailleurs un des ressorts du scénario) mais qu’on pourra essayer de redécouvrir via une quête facultative que je n’ai d’ailleurs toujours pas terminée à l’heure où j’écris ça. L’angoisse.

Sans commentaire.

Sans commentaire.

Et puis, surtout, c’est beau à tomber. C’est clairement pas la foire aux polygones, et on s’en branle. Avec du talent, de l’astuce, et le vieux Unreal Engine, les mecs pondent au kilomètre des paysages parmi les plus hallucinants (et hallucinés) jamais vus dans un jeu vidéo.

Bien plus variés que dans le premier épisode, les décors ont tous pour point commun d’être parfaitement extra-terrestres : le moindre tableau regorge d’idées inédites, de détails fous qu’on n’avait jamais vu ailleurs que dans une peinture de Dali.

Outre son alter ego féminin (qui pourra être contrôler par un autre joueur en coop, mais ne le faites pas : les autres sont des cons), notre héros peut s'adjoindre les services de divers alliés.

Outre son alter ego féminin, qui peut être contrôlé par un autre joueur en coop (ne le faites pas : les autres sont des cons), notre héros peut s’adjoindre les services de divers alliés.

On voudrait que chacun de ces paysages servent de setting à un jeu différent, autant d’épisodes tarés d’une saga malade et géniale. Surtout, on voudrait que quelqu’un, de l’autre côté du canal de Panama, enlève ces Chiliens prodigieux et leur interdise de faire des jeux qui ne se vendent pas, pour mieux les mettre au boulot sur « AAA The Game », ou « Blockbuster 12 ».

En attendant ce jour béni, faites moi plaisir, et ajoutez Zeno Clash II à votre wishlist. Le jeu est certes perfectible, mais le voyage est saisissant, dépaysant comme peu d’autres. Et si vous trouvez que 20€ (soit un tiers de Call of Duty, tout de même), ça reste trop cher, soyez assurés qu’il sera bazardé pour une poignée de pesos lors des prochaines soldes Steam.

pangolin_4

Appelez moi le responsable

Walou

Walou

Né d'un père ostréiculteur en baie de Saint-Brieuc et d'une mère capable de finir Super Mario Bros 3, Walou s'est échappé des geôles de Ouest-France pour échouer dans celles de la presse jeu vidéo. Il découvre les blogs en 2012, et projette de partir à l'assaut de MySpace d'ici 2078.

Visit Website

6 commentaires

  1. Troll Qui Pue Le Ra-Kre-V 06/05/2013 Répondre

    Ça promet un bon trip ( sans prendre une quelconque substance …) ! Je prend !! ;-)

  2. Ah, je commençais même à douter de sa sortie tellement personne en parle.

    Sortir du top 100 quatre jours après sa sortie c’est plus que sévère.

    Mais comme ça Walou, tu peut être sûr que « ces Chiliens prodigieux » verront leur boîte fermer et qu’il se feront éparpiller un peut partout dans le monde, pour mieux semer leurs graines de folie !

  3. On sais toujours pas si Reichman à fait l’intro de Creature Shock,
    mais là c’est sur c’est bien Damidot qui à bossé sur le desing de ce jeu.

  4. Tes screenshots ont l’air très cool, mais je ne peux pas cliquer dessus pour les agrandir :( Tu peux y faire quelque chose ?

  5. Savonfou

    Les screen sont à leur taille maximum tels que tu les voient mis en page.

Trackbacks for this post

  1. […] Et enfin le test d’un jeu bien sympathique : Zeno Clash II […]

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*